Mise au point concernant l'église en bois de
Chêne-Bourg/Genève
Nous venons d'apprendre, par le "Caminul românesc" de février
2006, que, le 22 janvier 2006, le Métropolite grec-orthodoxe de
Suisse, Mgr Jérémie, a procédé à une « re-consécration »
("resfintirea") de l'église en bois de Chêne-Bourg/ Genève. Nous
avons pris acte avec consternation de ce geste, que nous
considérons comme unilatéral et injuste à l'égard de la majorité
des Roumains qui ont contribué à l'édification de ce lieu de
culte et par rapport au but initial de ceux qui avaient conçu
cette église comme un centre orthodoxe roumain, voué à
transmettre aux générations futures notre spiritualité et la
culture qui lui est attachée. De plus, ce lieu de culte devait
devenir le symbole de l'unité de tous les Roumains orthodoxes de
Genève, un centre de la spiritualité roumaine dans cette partie
de l'Europe et non pas un objet de discorde.
Pour rappel !
A l'intention de ceux qui ne connaissent pas l'historique de ce
lieu de culte, je rappelle que dans les années 1980 l'association
«Communauté des Roumains de Suisse» (CRE), sous l'égide de MM.
Ion Brosteanu et Octavian Stefaneanu, a pris l'initiative de
l'édification d'une église pour les Roumains réfugiés de Genève
et de ses environs; dans ce but avait été lancée une campagne
pour récolter des fonds. Pour attirer les Roumains autour de ce
projet, l'association laïque CRE a mis sur pied également une
activité paroissiale, avec la collaboration de divers prêtres
itinérants. Après les événements de décembre 1989 le comité de
cette association a fait venir de Roumanie, en 1991, Père Adrian
Diaconu (qui avait déjà fait bâtir une église dans le département
de Prahova) dans le but de constituer une paroisse et de démarrer
les travaux de construction de l'église. C'est ainsi que, suite
au vote de l'Assemblée générale du 17 mai 1992, a vu le jour la
paroisse Saint-Jean Baptiste de Genève, placée naturellement en
relation canonique avec l'Eglise Orthodoxe Roumaine -
l'Eglise-Mère - et jouissant d'un statut d'autonomie interne. En
1995 l'église a été érigée par des maîtres-bâtisseurs venus de
Roumanie, avec du matériel roumain; lors de la bénédiction de la
première pierre, le 29 juin 1995, on y a scellé un Document qui
atteste de la destination de cette église, strictement rattachée
à la paroisse St-Jean-Baptiste de Genève, ayant comme recteur le
prêtre Adrian Diaconu. L'église en bois de Genève a été la
première église roumaine bâtie en Europe Occidentale par des
réfugiés roumains de l'époque communiste. Le Patriarcat roumain a
offert le projet de construction de cette église en bois (réalisé
par l'architecte Gil Antonescu de Bucarest) et est intervenu
auprès du Ministère des Affaires Etrangères pour obtenir la
gratuité du transport de l'église (en pièces détachées) de
Roumanie à Genève, ainsi que l'exonération des taxes douanières,
demandes acceptées par le Ministère.
Pour que l'église soit au service de tous les Roumains orthodoxes
de Genève et des environs, Mgr Serafim (le métropolite roumain
auquel notre métropole était rattachée en ce temps-là), le
recteur de la paroisse et le conseil paroissial de la paroisse
St-Jean-Baptiste ont acceptée un système de célébration du culte
par rotation, deux dimanches par mois étant réservés au père
Adrian Diaconu, les deux autres étant prévus pour les deux autres
prêtres roumains Damian Ionescu et Vergil Vâlcu; cet arrangement
a été établi malgré le fait que ces deux prêtres n'avaient
apporté aucune contribution effective à la construction de cette
église. Une année et trois mois plus tard seulement (le 2 avril
1997), le prêtre recteur et la paroisse auxquels cette église
était rattachée de fait se sont retrouvés devant un fait accompli
- les serrures de l'église changées et interdiction de célébrer
dans l'église en bois. Une mésentente entre le comité de la CRE
et les donateurs - fidèles de la paroisse avait servi de prétexte
à ceux qui, vraisemblablement, attendaient le moment propice pour
s'approprier en exclusivité ce lieu de culte "clé en main". A
partir de ce moment, ayant le souci d'éviter un scandale public
qui aurait nui à l'image de la Roumanie et de l'Orthodoxie en
Suisse, la paroisse St-Jean-Baptiste s'est retirée dans le
bâtiment de l'église catholique-chrétienne du Grand-Lancy, dans
l'espoir que le dialogue et la compréhension mutuelle
résoudraient ce triste épisode.
Contrairement aux attentes, le prêtre Damian Ionescu (accueilli
pourtant fraternellement dans l'église en bois déjà érigée), avec
l'accord du comité de l'association CRE, a éloigné de sa
destination initiale cette église roumaine, en la faisant
consacrer par un évêque non-Roumain, le 22 janvier 2006. Cela
démontre une fois de plus que les intérêts de personnes et d'un
groupe, imprégnés de vanité et d'attitudes vindicatives, pèsent
lourdement face à l'intérêt communautaire, ethnique, moral et
spirituel de la majorité des Roumains; tout cela a été caché sous
le masque d'une association roumaine qui revendique l'exclusivité
de la propriété de cette église sous le prétexte de renforcer les
liens entre les Roumains et de promouvoir l'image de la Roumanie
dans cette partie de l'Europe!
Nos tentatives!
Je tiens à mentionner que j'ai essayé personnellement de
convaincre M. Ion Bals, l'actuel président de la CRE (j'estime
que c'est une personne de bonne foi) de renoncer à la
consécration de l'église en bois ce 22 janvier 2006 et j'ai même
tenu à préciser que j'étais prêt à consacrer moi-même l'église,
en invitant aussi le métropolite grec-orthodoxe Jérémie de
Chambésy. Le préalable de cet acte était le fait de revenir à la
célébration dans cette église de tous les prêtres roumains de
Genève, par rotation, comme au début, afin que tous les Roumains
orthodoxes puissent bénéficier des services de cette église. Cela
aurait été dans le respect du Document scellé lors de la pose de
la première pierre. J'avais souhaité venir à Genève dans ce but,
tout de suite après les fêtes de Noël, mais M. Bals m'a fait
informer que mon déplacement n'était pas urgent, car l'événement
du 22 janvier ne pouvait être ajourné. Finalement, j'ai appris
que la "ré-consécration" avait eu lieu à la date prévue, sans que
ce fait soit préalablement annoncé aux Roumains de Genève (chose
confirmée ultérieurement dans le "Càminul românesc").
Le 14 janvier (une semaine avant cet événement) j'ai adressé un
fax au métropolite Jérémie, en le priant respectueusement et
fraternellement de ne pas procéder de manière unilatérale à cette
consécration de l'église roumaine de Chêne-Bourg, car cela
représenterait un acte exclusif et hostile à l'adresse de
l'Eglise Roumaine, un acte qui n'aurait aucune justification, ni
canonique, ni sur le plan des relations inter-orthodoxes. Malgré
la promesse que Son Eminence m'avait faite auparavant de
travailler ensemble au rapprochement des paroisses roumaines de
cette église, d'autres intérêts l'ont manifestement poussé à
passer outre ma demande. C'est bien dommage, car notre rôle, dans
un contexte pan-orthodoxe et multi-éthnique comme celui de
Suisse, est de respecter les prescriptions canoniques de l'Eglise
et les bonnes relations inter-orthodoxes et nullement de donner
l'impression que nous souhaitons plutôt nous disputer les églises
et les paroisses les uns aux autres.
Je tiens néanmoins à souligner que la grande erreur date de mars
1997, quand le comité de l'association de la CRE a outrepassé ses
compétences en faisant sortir une église paroissiale de la
canonicité de l'Eglise Orthodoxe Roumaine, et en l'éloignant
ainsi de la juridiction de l'Eglise-Mère. Par cet acte immoral et
non-canonique le comité, et à travers celui-ci l'association CRE,
a transgressé le Document scellé dans la première pierre de
l'église en bois; les membres respectifs, qui ont pris cette
décision, seront amenés, tôt ou tard, à rendre compte de leurs
agissements devant Dieu. Par cet acte inconsidéré le comité en
question a fait fi de son mandat envers les Roumains qu'il
prétend représenter, d'autant plus qu'une association roumaine
qui, conformément à son nom, déclare avoir la vocation de
représenter tous les Roumains de Suisse, devrait défendre les
intérêts de la majorité des Roumains et non pas les intérêts de
personnels ou de groupe.
Pour conclure!
Etant donné que la première pierre de cette église a été posée
pour la paroisse St-Jean-Baptiste de Genève, paroisse qui a
inauguré l'église en bois et qui y a célébré durant une année et
trois mois, paroisse qui a fait et continue à faire partie
intégrante de l'Eglise Orthodoxe Roumaine - donc de notre
éparchie:
a.. nous désapprouvons et considérons comme non-avenue la
"consécration" de l'église en bois du 22 janvier 2006,
"consécration" réalisée sans notre accord (celle de l'autorité à
laquelle est rattachée depuis ses débuts cette église), sans
l'accord des donateurs et des fidèles de cette paroisse et sans
la consultation des Roumains que ladite association prétend
représenter;
b.. nous attirons également l'attention sur le fait que le
prêtre Damian Ionescu, qui officie actuellement dans l'église en
bois, n'a pas la bénédiction canonique indispensable pour quitter
l'Eglise Orthodoxe Roumaine (qui l'avait ordonné) et que sans
cette bénédiction aucune autre Eglise Orthodoxe ne peut
l'accréditer officiellement; si jusqu'à présent l'Eglise-Mère a
toléré cette situation par une sort d'indulgence ("pogorâmânt") -
qui tient du principe de l'économie ecclésiale - cette attitude
n'est plus en vigueur et dorénavant, tant que cet état de schisme
perdurera, aucun de ses actes sacramentels (baptêmes, mariages et
tous les saints Mystères) ne sera validé ni reconnu par l'Eglise
Orthodoxe Roumaine; de plus, ce prêtre encourt la réduction à
l'état laïc;
c.. ni l'accréditation du prêtre Damian Ionescu ni la
"ré-consécration" de l'église roumaine de Chêne-Bourg sans
l'accord de l'Eglise Orthodoxe Roumaine, n'ont de fondement
canonique et, par conséquent, ces agissements ne font que
renforcer un état de malentendu dans l'Eglise.
Je suis convaincu que nous ne demandons pas trop en voulant
défendre nos droits et en affirmant clairement qu'une église
roumaine doit garder sa destination initiale et rester accessible
à tous les Roumains.
Dans l'espoir que le saint Esprit nous éclairera tous pour
trouver la meilleure solution dans ce sens, je prie notre Dieu de
miséricorde de vous prodiguer sa grâce et sa bénédiction.
+ Le Métropolite Joseph
Limours, le 18 février 2006