† Métropolite Joseph
Lettre pastorale pour les Saintes Fêtes de Pâques
2008
Il meurt avec nous
pour que nous puissions ressusciter avec Lui
à tout le clergé, aux moines et
au peuple orthodoxe de toute la Métropole
No. 093/2008
Paris, Pâques 2008
Révérend
Père,
Bien aimés
frères en Christ,
LE CHRIST
EST RESSUSCITÉ!
Nous
rendons gloire à Dieu, Celui qui est loué dans la Trinité, car Il
nous a aidés à passer les 40 jours de jeûne dans la continence et
l’aumône matérielle et spirituelle, afin de voir à nouveau la
bienheureuse journée de la Résurrection du Christ, jour de la
victoire définitive sur la mort et de la promesse de notre
résurrection, et celle de tout le genre humain.
La Semaine
de la Passion nous a aidés à accompagner liturgiquement le Christ
dans son chemin vers la Croix du Golgotha, ou plutôt sur le
chemin préparatoire à la Croix, par la trahison de Judas, par la
Sainte Cène – où a été instituée la nourriture qui nous élève au
ciel –, par le jardin de Gethsémani avec la sueur de sang, par
l’arrestation et le jugement injuste, par les coups, les crachats
humiliants et par la Crucifixion. Les « hosannas » de Jérusalem
n’étaient que le prélude d’une Semaine de souffrances, causées
par ceux qui criaient « hosanna ». Cette Semaine nous a renforcés
aussi dans la certitude qu’elle n’est pas seulement la Semaine de
la Passion de Jésus, mais aussi la semaine de notre passion et de
notre mort, que le Christ a acceptées de porter pour nous. Il est
mort pour que nous puissions – avant notre mort – mourir au
péché, c’est-à-dire renoncer à une souffrance qui apporte la
mort, – le péché –, par une souffrance qui apporte la Vie, le
bonheur, l’Eternité, qui est la lutte contre le péché.
Nous
L’avons accompagné à Gethsémani (Lc 22, 39-46), le jardin de Sa
souffrance, devant la coupe difficile à boire de la mort qu’Il
devait subir, pour nous rendre compte que nous aussi, dans le
jardin de notre vie si souvent pleine de souffrances et de
désespoirs, mais surtout de ce supplice que nous inflige la peur
de la mort, nous ne sommes pas seuls, mais que nous sommes avec
Lui.
Nous avons
vécu avec Lui, à travers la trahison de Judas, la douleur de la
trahison des proches, pour que nous ne nous découragions pas
devant les trahisons de toutes sortes auxquelles nous avons
part.
Nous
l’avons suivi dans la douleur des coups et des crachats de ceux
qui, un peu auparavant, L’avaient reçu avec des hosannas et des
palmes, comme un roi, et nous avons compris que c’est nous qui
Lui donnons des coups et des crachats par notre manque d’amour
envers Lui et envers notre prochain, c’est-à-dire par nos
péchés.
Nous
sommes arrivés avec Lui à la Croix du Golgotha et nous avons été
effrayés de ce qu’a pu avoir comme conséquence le péché de la
désobéissance et du manque de confiance de l’homme envers Dieu,
de la souffrance que notre péché a provoqué au Fils de Dieu Lui-
même. Mais nous avons alors compris l’amour qui a fait que le
Christ a considéré Sa mort pour nous sur la Croix comme une
glorification. Il disait à Ses disciples avant Sa Passion : «
Voici venue l’heure où doit être glorifié le Fils de l’homme. »
(Jn 12, 23). Nous pouvons dire aussi, avec saint Jean Chrysostome
: « Vois-tu combien grand est le fruit de la Croix ? Ne
sois
pas effrayé par elle, même si elle te semble quelque chose de
triste, car elle naît de milliers de biens ». « La Crucifixion
est en elle-même quelque chose d’insultant, mais le Christ la
nomme gloire, car elle a été subie pour les aimés ».
Nous
L’avons entendu crier depuis la Croix le désespoir de la
solitude, de l’abandon de tous : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi
m’as-tu abandonné ? » (Mc 15, 34) Mais en fait c’était notre cri
de solitude et de peur devant la mort, qui ne disparaît que si
nous confions nos âmes dans les Mains consolatrices du Père
céleste, Celui qui ressuscite les morts ; le Christ, par Sa
Passion et Sa Résurrection, a confié au Père nos âmes pardonnées
et lavées par Ses Souffrances. Nous L’avons suivi au tombeau, où
Son Saint Corps a été enseveli, pour que nous comprenions qu’Il a
été là, et qu’Il est maintenant avec chacun de nous dans notre
mort. Et pour que ce tombeau ne soit pas éternel pour nous, Il
est descendu au plus profond de l’enfer, pour le faire échouer et
le vider de ceux qui attendaient la Résurrection, depuis Adam et
Eve.
Liturgiquement, nous avons vécu tout cela avec le Christ, mais
nous voyons en même temps nos propres insuffisances et
faiblesses. La prière de beaucoup d’entre nous devient un cri
causé par nos souffrances, parfois mélangées à des joies que nous
ne voyons plus, tant nous sommes préoccupés par ce qui est mal,
ou par ce qui nous semble être mal. Nous voyons notre petitesse
devant la Passion et la Résurrection du Christ, devant le tombeau
vide duquel jaillit la joie de l’anéantissement de la mort, mais
ensuite la vie continue, sans que nous ayons la force de
changer.
Beaucoup – sinon tous, d’une manière ou d’une autre – ne sont pas
épargnés par la souffrance. Nous la connaissons dès les premiers
jours de notre venue dans ce monde, quand seulement dans les bras
aimants et protecteurs de nos parents nous cessons de pleurer.
Ensuite, durant toute notre vie, chacun de nous connaît la
souffrance à sa manière, elle fait partie de la vie depuis la
chute du premier homme, et elle sera là jusqu’au dernier homme
vivant sur terre. Avec tout cela, nous mêmes faisons souffrir nos
frères, nous blessant réciproquement, en médisant, en nous
offensant, en nous mentant, en nous faisant la guerre, en nous
haïssant, en nous trahissant en vue d’un gain financier, en nous
troublant les uns les autres. Même si nous avons connu et
connaissons encore la souffrance, nous nous faisons souffrir les
uns les autres. Nous souffrons aussi à cause de nos désirs qui ne
s’accomplissent pas selon notre volonté, à cause des maladies de
l’âme qui nous tourmentent, ou à cause de la jalousie, de
l’envie, de la colère, ou de la haine envers les autres. Tout en
nous peut être cause de souffrance. Beaucoup d’entre nous sont
éprouvés par des maladies de toutes sortes, les maladies de l’âme
allant souvent de pair avec les maladies du corps. Et ensuite,
pour tout le mal personnel et pour le mal du monde nous accusons
Dieu, Celui qui vient et fait de notre faute Sa propre faute, de
notre faiblesse Sa propre faiblesse, de notre punition Sa propre
punition, de notre mort Sa propre mort ! Sur le chemin du
Golgotha, Jésus dit au peuple qui Le suivait et aux femmes qui Le
pleuraient : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi !
Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants ! Car voici
venir des jours où l’on dira : Heureuses les femmes stériles, les
entrailles qui n’ont pas enfanté, et les seins qui n’ont pas
nourri ! Alors on se mettra à dire aux montagnes : Tombez sur
nous ! et aux collines : Couvrez-nous ! Car si l’on traite ainsi
le bois vert, qu’adviendra-t-il du sec ? » (Lc 23, 28-31) Sur le
chemin du Golgotha, le Christ, le Bois Vert, unit Sa Passion à
celles des mères auxquelles les drogues, l’argent, la famine, les
maladies, les guerres, « volent les enfants ». Rachel, – symbole
de toutes les mères – « ne veut pas qu’on la console » (Mt 2,
18), car on assiste encore, – maintenant et depuis toujours – au
massacre des innocents. Qui accomplit ces infamies ? Est-ce
l’Innocent, le Blâmé, le Crucifié ?! Où bien est-ce nous, les
hommes qui en sommes les auteurs ?!
La
souffrance nous fait beaucoup réfléchir ! C’est difficile d’en
trouver les réponses, et c’est en vain que nous les cherchons
dans le monde. Dire : « ne souffrez plus » est facile ; de
nombreux sages l’ont dit et le disent encore en philosophant sur
la souffrance et en luttant contre elle par la parole, ou par de
faibles actes, qui peuvent adoucir sur le moment une certaine
souffrance. Mais pour que l’homme ne souffre plus de la
souffrance inconsolable de la nature, – la mort –, qui a pu faire
quelque chose, à part le Christ ? Il ne fait souffrir personne,
mais Il souffre avec ceux qui souffrent. Il nous a fait échapper
à la souffrance par
Sa propre souffrance, qui nous a apporté la Résurrection. Le
monde – si longtemps scellé par la souffrance ultime de la mort –
est depuis la Résurrection du Christ un tombeau vide. « Il meurt
avec nous pour que nous puissions ressusciter avec Lui ». Le
tombeau est vide !
Depuis la
résurrection, « Son humanité – qui est en fait, la nôtre –,
crucifiée et glorifiée en même temps, devient pour nous source de
Vie dans l’Eglise ».Mais voici que la souffrance et la mort sont
partout présentes, « elles règnent toujours », et tout nous
rappelle la présence leurs présence: « les séparations, la
tristesse, la disparition de ceux que nous aimons, les tragédies
si souvent atroces de l’histoire, la haine de soi et des autres»
Mais tout cela, si nous le dépassons avec confiance dans le
Christ Ressuscité,... devient un chemin vers la
résurrection.
Chers
frères dans le Christ,
Nous
rendons gloire à Dieu pour l’aide qu’Il nous a apportée pour que
notre Métropole puisse se réorganiser. Le grand nombre de fidèles
dans certains pays de l’Europe – fait sans précédent dans
l’histoire des roumains et de cette partie du continent –, la
croissance du nombre de paroisses et de communautés, ont rendu
nécessaire cette réorganisation, par la naissance de deux
nouveaux évêchés : celui d’Italie et celui d’Espagne et du
Portugal. Ces nouveaux évêchés, par le soin des Assemblées
éparchiales, et l’assentiment du Saint Synode de l’Eglise
Orthodoxe Roumaine, ont reçu aussi des évêques. Pour le siège
vacant de l’Evêché d’Italie, le Saint Synode, à la recommandation
de l’Assemblé Eparchiale, a choisi Monseigneur Silouane. Son
excellence a été évêque vicaire de la Métropole, ayant mission en
Italie durant ces trois dernières années, où il a desservi avec
beaucoup de zèle la communauté si nombreuse des fidèles
orthodoxes roumains. L’intronisation de Son Excellence aura lieu
le 8 mai – la fête du saint évangéliste Jean – à Lucques, en
Italie.
Pour le siège vacant de l’Evêché d’Espagne et du Portugal, le
Saint Synode, à la recommandation de l’Assemblée Eparchiale, a
élu le Révérend Père Timothée, higoumène du monastère de la
Dormition de la Mère de Dieu, de Vilar, France, qui a manifesté
un grand zèle missionnaire et beaucoup d’amour pour l’Eglise. La
chirotonie et l’intronisation auront lieu le dimanche 25 mai.
Nous espérons organiser cette fête de la communauté d’Espagne et
du Portugal à Alcala de Henares. Nous avons vécu ces moments
historiques pour l’organisation de notre Métropole dans la
première et la plus ancienne église roumaine d’Europe
Occidentale, Les Saints Archanges Michel, Gabriel et Raphaël de
Paris, qui a célébré cette année le cent vingt-cinqième
anniversaire de son achat par le roi Carol I. Je recommande à vos
prières mes deux frères évêques et je vous exhorte à leur obéir
et à suivre leurs conseils et leurs paroles salvifiques.
Chers
fidèles,
A la fin
de cette lettre pastorale je prie Dieu Tout-puissant que le jour
saint et tant désiré de la Résurrection de Son Fils, notre
Seigneur Jésus Christ, vous trouve en paix, avec beaucoup de gain
spirituel, joie et plénitude. Ceux d’Espagne et du Portugal,
comme ceux d’Italie, ceux d’Angleterre et d’Irlande, ceux de
Belgique et de Hollande, comme ceux de France et de Suisse, ayez
part aux bénédictions et aux consolation du Seigneur Jésus, notre
Seigneur, Celui qui est ressuscité des morts et que nous
glorifions aujourd’hui.
Le Christ est ressuscité!
Vôtre Métropolite qui vous bénit,
† Joseph