† Le métropolite Joseph
Lettre pastorale pour la Descente du saint Esprit 2007
À tout le clergé, l’ordre monastique et le peuple confesseur de la vraie foi dans la Métropole entière
N° 210/2007
Révérend Père,
Chers fidèles,
Pour les dix jours après qu’Il se fut élevé au Ciel à la vue des
Apôtres, notre Seigneur Jésus Christ leur laissa ce précepte: “ne
quittez pas Jérusalem, mais attendez la Promesse du Père”, ce dont Il
leur parlait déjà avant sa Passion (Jean 14, 16), c’est-à-dire l’envoi
de l’Esprit saint sur eux: “vous serez baptisés de l’Esprit saint; vous
recevrez un pouvoir à la venue de l’Esprit saint sur vous, et vous
serez mes témoins jusqu’aux extrémités du monde” (Actes 1).
Aujourd’hui, en ce “grand dimanche” de la Descente du saint Esprit ou
Pentecôte, c’est-à-dire cinquante jours après la résurrection du
Seigneur d’entre les morts, nous célébrons et nous invoquons dans la
prière la descente du saint Esprit sur nous et sur le monde entier.
L’Esprit saint est la troisième Personne de la sainte Trinité. Il porte
à la plénitude l’amour paternel du Père pour le Fils et l’amour filial
du Fils pour le Père. Il sanctifie et accomplit l’entière création.
Après que l’être humain se fût éloigné de l’amour de Dieu par la
désobéissance – chute que chacun d’entre nous répète chaque fois qu’il
pèche - , le plan divin du Salut a été de restaurer notre nature
corrompue par le péché, réalité que Dieu a accomplie en la personne du
Fils: Celui-ci s’est fait chair, c’est-à-dire a pris en lui-même notre
nature, et Il a souffert de bon gré, c’est-à-dire qu’Il l’a purifiée de
tout mal et lui a rendu sa capacité spirituelle et charismatique
plénière, qui est la vie éternelle et bienheureuse; Il a donné la
preuve de cela par sa résurrection d’entre les morts, par ses
manifestations miraculeuses consécutives à la Résurrection et par
l’Exaltation au Ciel.
Mais ce qu’a réalisé le Seigneur Lui-même en sa personne, comment
est-il possible que cela se réalise également en chacun d’entre nous?
Comment être nous aussi unis au Christ, pour libérer également notre
nature, en chacun d’entre nous, de tout péché, et jouir de la vie et de
l’amour éternels? Car il n’est pas équivalent de voir et de comprendre
ce qu’a réalisé le Christ (ou: de croire dans le Christ) et de
s’approprier cette réalisation (ou: vivre en Christ). L’exemple le plus
convainquant est fourni par les Apôtres: n’ont-ils pas, eux, été si
longtemps auprès du Seigneur? N’ont-ils pas été si longtemps enseignés?
De si nombreux mystères, demeurés cachés en paraboles pour le grand
nombre, ne leur ont-ils pas été révélés? Et pourtant, ils l’ont tout de
suite abandonné quand Il fut livré. Rappelons-nous le saint apôtre
Pierre: quelle grande ferveur! Et quel rapide oubli!
Tout cela nous montre, chers fidèles, qu’il n’est pas suffisant de
suivre le Christ seulement en paroles, même si nous avons passé beucoup
de temps avec lui, comme les apôtres, et même si nous avons compris par
l’intelligence tous les mystères de la Foi. Mais il faut que nous
vivions véritablement en Christ; que nous communiions effectivement à
la vie parfaite réalisée en sa personne. Mais, nous ne pouvons faire
cela qu’en recevant nous aussi le saint Esprit, comme l’ont reçu les
Apôtres: ils en ont été fortifiés et ils n’ont plus abandonné le Christ
jusqu’à la mort. Telle est la disposition du Père: que le Fils restaure
la nature tombée dans le péché et l’exalte au Ciel, et que l’Esprit la
fasse descendre, c’est-à-dire la rende présente en chacun d’entre nous,
nous sanctifiant et nous rendant parfaits, en premier lieu par la
communion sacramentelle au Christ chaque fois que se réunit l’Eglise
pour consacrer le Corps et le Sang du Seigneur.
Pour cela, nous devons nous aussi écouter le précepte du Seigneur de
demeurer en Jérusalem pour recevoir l’Esprit saint descendu sur nous.
Jérusalem est l’Eglise! C’est même ainsi que la nomme le saint apôtre
Jean dans l’Apocalypse: “la nouvelle Jérusalem, Cité sainte, parée pour
son époux”, fondée sur “les douze pierres de fondation que sont les
douze apôtres” (Apocalypse 21). Ainsi confessons-nous nous aussi notre
foi en l’Eglise “une, sainte, catholique et apostolique”.
“Mais, où est l’Esprit saint maintenant?” – nous demandons-nous avec
saint Jean Chrysostome – Alors, au temps des apôtres, quand
s’accomplissaient les miracles, quand ressuscitaient les morts, quand
les lépreux étaient purifiés, on peut vraiment dire que le saint Esprit
était présent. Mais maintenant, quelle preuve avons-nous que l’Esprit
saint est parmi nous? - Si l’Esprit saint n’était parmi nous, comment
auraient été lavés de leurs péchés ceux qui ont été baptisés? Si
l’Esprit saint n’était présent nous ne pourrions pas dire “Jésus est
Seigneur” (1 Co 12, 3). Si l’Esprit saint n’était présent nous ne
pourrions pas nommer Dieu ‘notre Père” (Mt 6, 9; Ga 4, 6; cf St Jean,
Homélie XIV sur les Romains). Si l’Esprit n’était présent, il n’y
aurait dans l’Eglise ni pasteurs ni enseignants. Si l’Esprit saint
n’était présent dans votre père et votre maître, vous n’auriez pas
répondu tous ensemble, d’une seule âme, “et avec ton esprit”, peu après
qu’il vous ait dit “paix à tous”. Si l’Esprit n’était là, l’Eglise ne
se serait pas assemblée, et si l’Eglise s’assemble, il est alors
évident que l’Esprit est là. L’Esprit est là par la rémission des
péchés, par la réponse donnée par les fidèles à leur pasteur, par la
parole de sagesse et de connaissance, par la chirotonie, par le
Sacrifice mystique” (St. Jean, Homélie I sur la Pentecôte). Sans les
arrhes de l’Esprit, il n’y aurait pas de baptême, il n’y aurait pas de
rémission des péchés, il n’y aurait ni vertu ni sainteté, nous ne
recevrions pas l’affiliation, nous ne jouirions pas du Mystère. Sans la
grâce de l’Esprit, il n’y aurait pas le Corps et le Sang sacramentels.
Nous n’aurions pas de prêtres, car les chirotonies seraient impossibles
sans la descente de la grâce. Et on peut encore nommer d’autres
nombreux signes de la grâce de l’Esprit. Par conséquent, toi non plus,
la grâce de l’Esprit ne te fait pas défaut!” (St. Jean, Homélie sur la
résurrection des morts).
Ces paroles de saint Jean Chrysostome, dont nous célébrons cette année,
le 14 septembre, le 1600ème anniversaire de la dormition, nous fait
penser à un autre grand saint plus proche de nous, saint Séraphim de
Sarov (+2 janvier 1833), qui nous enseigne que “le but de la vie
chrétienne est la jouissance de l’Esprit saint”, qui nous remplit
d’amour, de joie, de pureté, de lumière, de parfum, de bonté, de
douceur...
Gardons donc le précepte du Seigneur et demeurons toujours, avec les
Apôtres, avec les saints et avec la Mère de Dieu, dans la Jérusalem
spirituelle qui est l’Eglise, afin de recevoir continuellement l’Esprit
saint, qui vient en chaque prière, selon notre invocation: “viens et
fais ta demeure en nous, purifie-nous de toute souillure et sauve
nos âmes, Toi qui est bonté”!
Révérend Père et chers fidèles,
Chaque année, en cette fête, nous avons l’habitude de faire appel à
votre bienveillance pour une collecte au bénéfice de la mission que
nous développons au sein de notre Métropole. Vous savez tous que nous
sommes de plus en plus nombreux en Europe occidentale, et chacun
d’entre nous souhaite trouver la compassion en notre Eglise, où que
nous nous trouvions.
Aussi, avec les évêques vicaires Silouane en Italie et Marc en France,
nous nous efforçons d’envoyer des prêtres et des desservants partout où
c’est nécessaire, d’organiser diverses activités missionnaires et des
rencontres pastorales, et surtout des activités éducatives pour nos
enfants et nos jeunes, afin qu’eux aussi participent aux mystères de la
Foi et croissent harmonieusement dans l’Eglise.
Par conséquent, je vous adresse aujourd’hui encore la demande de
soutenir la mission de notre Eglise ici en Europe occidentale, chacun
selon ses possibilités et “comme il l’estime en son coeur”, comme nous
l’enseigne le saint apôtre Paul, “car Dieu aime celui qui donne de bon
coeur” (2 Co 9, 7).
En vous remerciant, je vous annonce en même temps que ces jours-ci, de
mardi 29 mai à samedi 2 juin, aura lieu, en notre résidence de Paris,
le Congrès de la Métropole, qui réunit tous les deux ans tous les
desservants et deux délégués de chaque paroisse, pour débattre des
problèmes actuels et trouver les solutions et les méthodes adaptées,
afin de répondre à la mesure des besoins des paroisses et de la société.
Dans le même sens, je vous recommande d’amener les enfants au
catéchisme que nos prêtres organisent à leur intention dans les
paroisses, le dimanche ou les autres jours. Cela les fortifiera, les
aidera et les formera pour la vie que Dieu leur prépare.
Que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu le Père et
la communion du saint Esprit soit avec vous tous! (2 Co 13, 13) !
† Le métropolite Joseph
Célébration de la Pentecôte 2007