No. 078/8 avril 2007
† Le Métropolite Joseph
Lettre pastorale pour les Saintes Fêtes de Pâques 2007
à
tout le clergé, aux moines et au peuple orthodoxe de toute la
Métropole
Révérends Pères,
Chers fidèles,
La nuit où nous recevons l’annonce de la Résurrection du Christ
nous trouve à nouveau réunis autour de l’Eglise. Nous sommes au
pied de la Croix restée sans Celui qu’elle retenait dans une
souffrance injuste, à l’ombre du tombeau vide, qui prétendait
retenir pour toujours dans la mort le Donateur de vie! La
Nouvelle portée par l’Ange d’abord à la Vierge Marie, la Mère de
Dieu: «réjouis-toi, Vierge pure, car ton Fils est
ressuscité le troisième jour du tombeau», nous est apportée
aussi en ce jour, une nouvelle qui nous libère, qui illumine
notre âme, qui nous remplit de joie devant le tombeau vide!
Sur le chemin béni du Grand Carême, nous avons pris l’habitude de
regarder avec plus d’attention la Croix du Christ. En ce temps,
nous avons essayé plus que d’habitude de la recevoir et de la
comprendre comme étant aussi notre Croix, que le Christ porte
aussi pour nous et pour le monde entier, la lourde Croix de notre
vie.
La Croix du Christ est enracinée dans le cœur du monde comme un
nouvel Arbre de Vie, sur lequel le Christ Lui-même devient fruit,
mais aussi Arbre de vie en même temps, le médicament ou la
«plante médicinale» qui nous assure, à nous qui
voulons être guéris de la mort, la vie éternelle (St. Hyppolite
de Rome, Homélies Pascales I, SC 27, Paris 2003). Cela nous fait
comprendre que l’arbre de la connaissance du bien et du mal du
Paradis n’était que la figure de l’arbre qui allait venir, la
Croix du Christ, avec la vraie connaissance de Dieu par Son Fils.
Car de Sa propre vie, le Christ – Arbre de vie, nous nourrit et
nous abreuve, comme il est dit dans les Psaumes sur l’homme qui
enracine sa vie dans le Seigneur: «Il est comme un arbre
planté près d’un courant d’eau, qui donne son fruit en sa saison,
et dont le feuillage ne flétrit point: tout ce qu’il fait
lui réussit. Il n’en est pas ainsi des méchants: ils sont
comme la paille que le vent dissipe …» (Ps 1, 3-4). Dans le
fruit du nouvel Arbre de vie nous trouvons la nourriture forte,
qui nous fait grandir dans le Royaume et échapper à la peur de la
mort qui nous tient en esclavage, nourriture par laquelle se sont
accomplis et s’accomplissent le pardon et la victoire sur notre
péché. Dans la figure du Pain et du Vin Il nous donne Son propre
Corps et Son propre Sang comme fruit de la Croix, de Sa Mort et
de Sa Résurrection, afin que nous puissions venir sans cesse à la
vie, nous pécheurs. Nous recevons la Nourriture forte afin de
pouvoir grandir jusqu’à la connaissance parfaite du Christ comme
Fils de Dieu, comme unique Sauveur, jusqu’à « l’état d’homme
fait, à la mesure de la stature parfaite du Christ» (Eph 4, 13).
Car nous communions au Christ crucifié, mort et ressuscité, le
fruit sans prix de la Croix, le Nouvel Arbre de Vie, qui s’avère
être l’Echelle qui nous mène de la terre au Ciel, que le
patriarche Jacques a vue en rêve (Genèse 28, 12).
Sur la Croix, le Christ nous apprend à renoncer à notre volonté
propre afin d’accomplir la Volonté du Père céleste.
Sur la Croix, portant la couronne d’épines – le fruit de la terre
maudite après la chute d’Adam (Genèse 3, 18) – le Christ apporte
le pardon au monde entier et arrache l’épine de la haine et de
l’impuissance à pardonner, qui a poussé dans le monde après le
péché des ancêtres, et Il lève la première malédiction. (Luc 23,
34)
Sur la Croix, le Christ boit le fiel amer mêlé de vinaigre, signe
de l’amertume du péché pour l’âme, péché qu’Il prend sur Lui et
dont il nous purifie. (Jn 19, 29)
De la Croix devenue sanctuaire divin, le Christ nous rend la Vie,
jaillie de Son flanc, comme jadis à Eve du flanc de l’ancien
Adam, nous abreuvant à la source donatrice de vie, après nous
avoir d’abord lavés dans l’eau du baptême, et Il fait de nous des
fils du Père céleste. De Son flanc, comme jadis Eve d’Adam, naît
l’Eglise, dans laquelle nous renaissons à la vie éternelle.
Sur la Croix – nous dit le Seigneur à travers le bon larron – le
repentir nous ouvre aujourd’hui les portes du paradis et de la
miséricorde de Dieu (Luc 23, 42-43).
Pendant que le Christ est encore sur la Croix, toute la création,
visible et invisible, céleste et terrestre, frémit devant les
injustes souffrances et devant la mort de Celui qui est totale
Bonté, mais aussi devant le mystère du salut qui s’accomplit en
ce moment. Le soleil s’assombrit en glorifiant Celui qui est la
vraie «Lumière du monde » (Jn 8, 12), la terre trembla, les
rochers se fendirent, le voile du temple se déchira en deux, les
sépulcres s’ouvrirent et plusieurs morts ressuscitèrent, et tout
cria sans voix, avec le centurion: «Assurément, Cet Homme
était Fils de Dieu.» (Matt 27, 51) et encore, tout confesse
que le Crucifié est le «Rocher spirituel » auquel tous ont
bu dans le désert (I Cor, 10,4) et la «pierre angulaire…»,
«...qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient...»,
«choisie, précieuse, et celui qui croit en elle ne sera
point confondus » (I Pierre, 2, 6).
Mais voici que le soir tombe, que le Soleil de justice s’est
couché, et le Malin croyait avoir vaincu le Créateur de tous,
Celui qui n’a pas de commencement; le voyant couché dans le
tombeau, il croyait que notre corruption serait aussi la Sienne
et qu’il pourrait, lui le Malin, nourrir son orgueil infini de la
victoire sur Lui. Mais la corruption et la mort cherchaient en
vain en Lui les traces du péché pour s’en nourrir ! car «…
le prince du monde vient; il n’a rien en Moi» (Jn 14,30) dit le
Sauveur. Et ne trouvant point de trace du péché, rien dont elles
puissent se nourrir en Lui, la Mort et la corruption se font pour
elles-mêmes mort et corruption.
Après le Samedi Saint, où en vérité Dieu s’est reposé de Ses
œuvres, voici que le tombeau se montre vide. Il a été vidé de la
mort par Celui qui remplit tout et Que la mort n’a pu retenir. Le
Christ est ressuscité en brisant les portes de l’enfer et vient
en vainqueur vers chacun d’entre nous. Nous aussi, ouvrons-Lui
les portes de notre âme, «qu’Il entre, Lui le Roi de
gloire », le Ressuscité.
Le Christ est le «Dieu fort, puissant, le Dieu fort dans le
combat» vu dans les Psaumes (Ps 24,7-10), le vainqueur de l’enfer
et de la mort pour notre salut. Mais Il ne peut pénétrer dans
notre cœur, Il ne peut nous partager sa Résurrection que si nous
choisissons aussi librement de Le recevoir et de L’aimer comme Il
nous a aimés, en suivant la voie du salut que Lui-même nous
propose – l’amour (Jn 15,12-17).
Chers fidèles,
Nous faisons à présent partie de la grande Communauté des pays
d’Europe. En tant que chrétiens orthodoxes, Dieu nous appelle à
rendre le témoignage de la vraie foi autour de nous, dans les
différents pays où nous vivons. Soyons convaincus de notre
identité, qui est la foi chrétienne orthodoxe. C’est un grand
défi pour nous de rendre témoignage de notre foi dans le monde
actuel, sans mépriser les autres, sans les juger, à commencer par
la famille et les proches. C’est pourquoi c’est un devoir pour
nous d’enseigner aux enfants de nos paroisses, en tant que
membres de l’Eglise, comment croire. Et je vous prie de les
amener aussi bien à l’église qu’à l’école paroissiale. C’est ici
qu’ils pourront comprendre petit à petit leur foi et leur
identité chrétienne.
Nous organisons à nouveau cette année les camps près du Monastère
de Tismana pour les enfants et les adolescents de 7 à 17 ans.
Votre prêtre fera, le moment venu, les annonces nécessaires pour
ceux qui le souhaitent. Il s’agit de camps dans lesquels des
enfants des différents pays de l’Europe pourront vivre quelques
semaines ensemble, en essayant de connaître les racines de leur
foi.
Chers fidèles,
Je prie le Christ, notre Seigneur, Celui qui est ressuscité
des morts, d’affermir votre foi, en vous donnant toute la force
et la sagesse dans votre vie de tous les jours et dans les
épreuves que traversent sans doute beaucoup d’entre vous. Qu’il
protège vos familles et ceux qui vous sont chers et qu’il bénisse
l’œuvre de vos mains.
Je rends grâce à Dieu et je me réjouis de vous servir, avec Son
Excellence l’évêque Silouane qui est en Italie et avec Son
Excellence l’évêque Marc, aussi bien que tous les prêtres de
notre Métropole, et tous ensemble nous prions le Seigneur de vous
bénir tous les jours de votre vie.
LE CHRIST EST RESSUSCITÉ !
† Le Métropolie Joseph
Paris, Saintes Pâques 2007