Nr. 391/2007
† LE MÉTROPOLITE JOSEPH
L'HUMILITÉ ET LA MISÉRICORDE DU CHRIST
LETTRE PASTORALE POUR LA NATIVITÉ DU SEIGNEUR 2007
à tout
le clergé, aux moines et au peuple orthodoxe de toute la
Métropole
Révérends Pères,
Chers fidèles,
En ces jours de fête pour toute la chrétienté, la Nativité de
notre Seigneur Jésus-Christ dans la crèche de Bethéem de Judée
est pour nous un appel à la vigilance, à essayer de vivre
l’humilité et la miséricorde sacrificielle que le Fils de Dieu a
vécue envers nous et envers toute l’humanité pour laquelle Il
s’est incarné, afin de la sauver. L’état de l’humilité que le
Christ – le Fils de Dieu – va accepter de vivre parmi nous, avec
nous et pour nous, est vue et annoncée par les prophètes de
l’Ancien Testament. Le prophète Isaïe dit: «Qui donc
a cru à ce que nous avons entendu dire? Le bras du Seigneur, en
faveur de qui a-t-il été dévoilé? Devant lui, celui-là végétait
comme un rejeton, comme une racine sortant d’une terre aride; il
n’avait ni aspect, ni prestance tels que nous le remarquions, ni
apparence telle que nous le recherchions. Il était méprisé,
laissé de côté par les hommes, homme de douleurs, familier de la
souffrance, tel celui devant qui l’on cache son visage; oui,
méprisé, nous ne l’estimions nullement. En fait, ce sont nos
souffrances qu’il a portées, ce sont nos douleurs qu’il a
supportées, et nous, nous l’estimions touché, frappé par Dieu et
humilié » (Is 53, 1-4). Isaïe est l’un des prophètes de l’Ancien
Testament qui annonce par ses prophéties que Le Très Haut va
envoyer son Fils comme esclave, comme serviteur, comme le plus
petit parmi les fils des hommes, justement pour libérer les fils
des hommes, l’homme qui gît dans la souffrance et la mort, dans
les ténèbres, dans la peur, dans l’indifférence et dans l’oubli,
– mais que Dieu aime et vient chercher là où il est: dans
la joie éternelle qui jaillit de son être-même, dans l’amour
toujours donateur de lumière du Père, avec le Fils et le saint
Esprit, de la sainte Trinité – notre Dieu. L’appel que le Christ
nous fait sans cesse est un appel par cette humilité sans bornes
par laquelle Il se fait entendre et voir par nous. «Prenez
sur vous mon joug et mettez-vous à mon école, car Je suis doux et
humble de coeur, et vous trouverez le repos de vos âmes» (Mt 11,
29). «En vérité, s’Il n’était pas humble – dit saint Jean
Chrysostome – étant le Fils du Très Haut, aurait-Il choisi
d’avoir pour Mère une modeste fille du peuple? S’Il n’était
pas humble, Lui, qui est le Donateur de vie de toute la création,
aurait-Il accepté de naître dans une pauvre
crèche?»
Non seulement il s’humilie « prenant la forme d’un esclave»…,
mais Il ne peut se faire voir et accepter que si nous avons les
yeux du cœur dans l’état de l’humilité pour regarder et chercher
là où nous ne pensons pas que Dieu pourrait être: Enfant,
dans une crèche, avec des animaux à côté. Hérode non plus n’a pu
le voir et le comprendre que comme un rival; c’est pourquoi
il cherchait à le tuer, mettant à mort tant d’enfants innocents à
sa place. Comment le Créateur pourrait-Il devenir Lui-même rival
de sa Création pour des choses périssables et éphémères de cette
vie? Ceux qui vont le tuer plus tard ou qui veulent le tuer
aujourd’hui encore c’est parce qu’ils ne vont plus le voir, car
ils ne sont pas capables d’accepter et de sentir son humilité.
Pourquoi a-t-on besoin d’un Dieu si humble? C’est trop, et
trop audacieux pour eux que Dieu vienne et qu’Il soit si humble,
si effacé, si mystérieux, invisible, insaisissable, anonyme,
imprévu, même si les Ecritures parlaient justement de cela.
Toutes ces choses ont surpris et surprennent les hommes
d’autrefois comme ceux d’aujourd’hui. Tous nous nous imaginons
comment cela devrait être, comment Dieu devrait se manifester,
mais nous acceptons difficilement de le recevoir tel qu’Il est,
tel qu’Il est venu à Bethléem, et qu’Il vient aujourd’hui, tel
qu’Il vient dans notre vie personnelle et dans celle du monde.
Nous l’accusons d’être absent de notre souffrance, de notre
chemin, de la voie du mal, qui en apparence n’hésite pas à
prendre sous son emprise l’homme et le monde. Nous oublions, ou
nous n’avons jamais su le regarder, le reconnaître, le chercher
là où Il est, l’identifier avec ceux avec qui Lui-même dit
s’identifier, le voir avec les yeux avec lesquels Il nous dit que
nous pouvons le voir, l’aimer avec l’amour qu’Il nous montre et
dans lequel il se reconnaît et se montre à nous, le voir dans la
lumière dans laquelle nous pouvons véritablement le voir,
l’accueillir avec le cœur avec lequel Il nous dit que nous
pouvons l’accueillir: le coeur miséricordieux.
«Soyez miséricordieux, comme votre Père céleste est
miséricordieux », «heureux les miséricordieux, car ils leur
sera fait miséricorde» (Mat 5, 7) – voici l’appel du
Sauveur du monde, Celui qui est né dans la crèche du Bethléem. La
miséricorde! Soyons miséricordieux, comme le Christ et son
Père des cieux. Sa venue même dans le corps est le signe le plus
grand et le plus indubitable de sa miséricorde pour nous. Et Il
nous demande à nous aussi d’être miséricordieux, à l’image du
Père. Non pas autrement! Nous vivons cette grande fête sous
le signe de la miséricorde, car nous faisons des cadeaux, ou, –
étant enfants –, nous apprenons à offrir. Les années
passées,je vous exhortais à offrir des dons aux pauvres, à
la fin du Carême de Noël, lorsque nous avons renoncé à certaines
choses, pour que notre carême ait aussi ce sens du renoncement,
pour donner à ceux qui sont dans un plus grand besoin que nous.
Faisons de même cette année, ou bien par notre paroisse, ou bien
personnellement, à ceux que nous connaissons. «Celui qui a pitié
du faible prête au Seigneur qui le lui rendra» (Prov. 19,
17). «Pour un pauvre, c’est le Christ même qui tend sa
droite et reçoit ce que tu donnes, – dit saint Jean Chrysostome.
Celui qui fait tomber la pluie te demande un peu. Celui qui …. te
demande d’être miséricordieux, Celui qui couvre le ciel des
nuages prends de toi ton vieux manteau… car le pauvre tend la
main, mais c’est le Christ qui reçoit.» Comment allons-nous
nous tenir devant lui à la fin des siècles, sans avoir été
miséricordieux envers nos frères, quels qu’auront été leurs
besoins, spirituels ou corporels? La miséricorde est celle
qui seule peut nous faire voir au plus profond de l’autre, parce
qu’elle nous fait nous identifier avec lui, de même que le Christ
l’a fait (Mt 25)
Le carême de Noël est aussi pour nous une période de préparation
pour pouvoir nous approcher de la sainte Eucharistie, du saint
Corps et sang de notre Sauveur, avec un cœur pur, recevant et
accordant à notre tour le pardon à tous. Et non pas
seulement! «Le corps de Jésus-Christ qui est sur
l’autel, n’a pas besoin d’habits précieux qui le couvrent, mais
d’âmes pures qui le reçoivent, - dit aussi saint Jean Chrysostome
– mais les pauvres ont besoin de notre assistance et de tous nos
soins. Apprenons donc à honorer le Christ comme Il le souhaite,
c’est-à-dire en lui faisant l’aumône dans la personne des
pauvres. Dieu, comme je vous l’ai déjà dit, ne cherche point des
vases d’argent, mais des âmes d’or.» (Homélie L sur
Saint-Matthieu).
Chers frères,
Voici deux dons que le Christ nous fait en naissant dans la
fraîcheur de la grotte: l’humilité et la miséricorde. Ce sont les
siennes, mais Il nous les donne à nous aussi. Elles peuvent faire
de nous les disciples du Christ. Il est devenu pauvre par son
humilité et sa miséricorde, afin que nous puissions nous enrichir
par elles. Mais il s’agit d’une richesse que nous ne pouvons pas
trouver à la première recherche, nous avons besoin de patience et
simplicité pour l’acquérir, puisque c’est le trésor éternel et
sans prix qui se cache dans ces dons.
Cher Père,
Bien-aimés frères dans le Christ,
Cette année qui vient de passer, a été rappelé
près du Seigneur le Patriarche de l’Eglise Orthodoxe Roumaine, de
bienheureuse mémoire, Sa Béatitude Teoctist. Sa sagesse était à
la mesure de son âge patriarcal, que le Seigneur lui a donné, et
nous tous nous nous sommes abreuvés à sa sagesse. Que le Seigneur
lui donne le repos dans les tabernacles des justes.
Cette année aussi, le Seigneur nous a donné un
nouveau patriarche, Sa Béatitude Daniel, celui qui a pris le
gouvernail de notre Eglise, étant installé le 30 septembre. Nous
prions tous qu’il ait part à un patriarcat plein de fruits
et de bénédiction.
Dans notre Métropole nous avons eu part
également à des changements. Cette année ont été fondés l’évêché
d’Italie et l’évêché d’Espagne et du Portugal, pour lesquels nous
nous préparons à élire des évêques. Dans toutes ces démarches
nous avons besoin de vos prières, vous qui êtes les pierres
vivantes de l’Eglise du Christ.
Dans tout ce que vous faites, n’oubliez pas
que « tout don parfait vient du Père des lumières » et que c’est
de là-haut que nous devons demander et recevoir tout don.
Que le Seigneur, qui aujourd’hui s’est fait
petit Enfant, vous donne de recevoir, à l’occasion de ces fêtes,
beaucoup de tranquillité et de paix spirituelle, et un Nouvel An
2008 plein de bon fruits.
† Le Métropolite Joseph
Paris, La Nativité du Seigneur 2007