LETTRE PASTORALE POUR LA NATIVITE DU SEIGNEUR,
2006
JESUS CHRIST – NOTRE PAIX
« Bethléem prépare-toi! Que la crèche soit prête à servir et la
grotte à recevoir le Seigneur! Voici venue la pure réalité,
l'ombre de la Loi s'est dissipée: naissant d'une Vierge, Dieu se
montre aux humains, prenant notre forme et divinisant la nature
assumée. Adam renouvelé avec Eve s'écrie: sur terre est apparue
la bienveillance de Dieu pour sauver le genre humain. »
Révérends Pères,
Bien aimés Frères dans
le Seigneur Jésus-Christ,
La fête de la Nativité du Seigneur est à nouveau une occasion de
grande joie spirituelle, pour nous, les chrétiens. La paix et la
joie jaillissent du trône de la très sainte Trinité sur le monde
entier, sur chaque être humain. Maintenant, lorsque notre salut
est si proche, lorsque l’Un de la sainte Trinité, le Fils du Père
naît dans la pauvre crèche des animaux, devenue palais et temple
céleste, le Ciel et la Terre se donnent la main et s’unissent
pour rétablir la paix entre l’être humain et Dieu. Maintenant, la
grâce de l’unique Trinité se répand sur le monde à travers le
Fils, Celui qui depuis l’éternité naît du Père céleste sans mère,
et dans le monde d’une mère mais sans père terrestre. Dieu
se montre dans la crèche de Bethléem et nous révèle la paix qu’Il
a préparée au monde par son Fils. «Gloire à Dieu au plus haut des
cieux et paix sur la terre, bienveillance parmi les
hommes!», annonce le Ciel par ses anges. Dans la crèche
accueillante de Bethléem le mystère de sa volonté pour notre
salut, à nous qui sommes pécheurs, se montre plus resplendissant
que jamais, ainsi que les prophètes de l’Ancien Testament l’ont
vu: «Et toi, Bethléem – Ephrata, petite parmi les clans de Juda,
c’est de toi que sort pour moi Celui qui doit gouverner sur
Israël. Ses origines remontent aux temps jadis, aux jours
antiques» (Michée 5, 1); «Le peuple qui marchait dans les
ténèbres a vu une grande lumière; sur les habitants du
sombre pays, une lumière a resplendi. (...) Car un enfant nous
est né, un fils nous a été donné, il a reçu le pouvoir sur ses
épaules et on lui a donné ce nom: Conseiller – merveilleux, Dieu
– fort, Père-éternel, Prince-de-paix» (Isaïe 9, 1; 5).
Notre faiblesse humaine a rompu la paix avec Dieu et nous a
condamnés à la solitude, à l’isolation, à la mort - inimitié avec
Dieu. Celui qui allait venir était annoncé par les prophètes
comme «Seigneur de Paix», celui en qui le Père céleste met tout
son amour pour nous et par lequel Il revient vers nous avec paix,
comme jadis envers Adam et Eve, qui, s’étant enfuis, se sont
cachés de lui. Voici comment le divin Enfant, par la grande
miséricorde de la toute sainte Trinité, se met de bon gré entre
nous et le Père, devenant ainsi l’Intercesseur et le
Messager-de-paix entre nous et son Père, qui est aussi le nôtre.
C’est ainsi que le montra Saint Paul: «Car c’est lui qui est
notre paix, lui qui de deux réalités n’a fait qu’une...» (Eph.2,
14); «car Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la
Plénitude, et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui,
aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix
par lui...» (Col.1, 19-20). La paix est avant tout notre lien
avec Dieu, avec le Père céleste, que nous retrouvons dans et avec
le Christ. Elle naît en nous et grandit dès le baptême, jusqu’à
la mort, et le long de ce chemin nous ne sommes plus seuls, car
l’Enfant né dans la crèche de Bethléem nous montre le chemin, il
se fait lui-même notre chemin, pour que nous n’errions plus dans
l’obscurité, mais qu’avec lui nous allions directement au
but.
Chers fidèles,
La paix que le Christ nous apporte est pour maintenant et pour ce
monde. Si nous l’avons pas ici, nous risquons de ne pas l’avoir
non plus dans l’éternité. Le mot qui a accompagné le Christ de
Bethléem jusqu’à la Croix, en passant par la descente aux enfers,
et ensuite les jours de sa Résurrection et des rencontres avec
ses disciples, jusqu’à son Ascension au Ciel, a été le mot Paix.
Il est venu prêcher la paix, Lui-même étant la Paix. «Seigneur de
Paix», sans limites, paix qu’Il ne nous impose pas, mais qu’Il
propose à notre liberté, à nous qui sommes façonnés à l’image de
Dieu, c’est-à-dire libres. «Bienheureux les pacificateurs...».
«En ce jour heureux – dit saint Jean Chrysostome – le Seigneur
n’interdit pas seulement la division et la haine des uns envers
les autres, mais Il nous demande encore plus: de réconcilier ceux
qui sont en conflit. Et Il ajoute une récompense spirituelle:
«car ils seront les fils de Dieu» (Mtt.5, 9). Nous ne pouvons pas
être nommés les fils de Dieu et les frères du Christ sans devenir
nous aussi pacificateurs, selon l’image de Celui qui nous a
réconciliés avec le Père. Pourtant ce n’est pas seulement avec le
Père que le Christ veut nous réconcilier, mais avec tous ceux
avec qui nous sommes en conflit. Jamais dans l’histoire de
l’humanité le mot paix n’a été aussi souvent proclamé que de nos
jours. Qui parmi les hommes ne désire la paix? Mais combien il
est difficile de la trouver! Combien de malheur n’apportent dans
notre vie personnelle, ou dans nos familles, la division, la
haine, l’agressivité humaine? Pour que nous puissions sortir de
cette impasse nous devons accueillir le Christ et la paix qu’Il
nous propose, paix qui vient du don du pardon, du don de la
liberté envers les choses éphémères de cette vie. Ce sont des
dons que le Christ Lui-même a apportés dans le monde par son
Incarnation, nous réconciliant avec le Père, par le pardon.
«Je vous laisse ma paix; c’est ma paix que Je vous donne; Je ne
vous la donne pas comme le monde la donne. Que votre cœur ne se
trouble ni ne s’effraie. (...) Je vous ai dit ces choses, pour
que vous ayez la paix en moi. Dans le monde vous aurez à
souffrir. Mais gardez courage! Moi, J’ai bel et bien vaincu le
monde!» (Jn.14, 27; 16, 33). Le Christ a vaincu le monde du péché
et de l’injustice avec sa paix, que nous recevons comme don dans
toutes les prières et tous les offices de l’Eglise. A chaque
office nous entendons le prêtre qui reprend le mot que le Christ
a dit à ces disciples après sa Résurrection «Paix à vous!»
ou «Paix à tous». Voici la question que nous devons nous poser
toujours: «Est-ce que jesuis un homme de paix?»;
«est-ce que je m’efforce d’apporter la paix dans mon âme et chez
ceux qui m’entourent?» En suivant le Christ, vivant avec lui,
recevant et multipliant le don de paix, nous devons aussi devenir
pacificateurs, fils de Dieu. «Car, voyant celui qui a bien voulu
devenir semblable à nous et étant vus par Lui – dit saint Syméon
le Nouveau Théologien – nous sommes dignes de devenir semblables
à lui, ainsi qu’il arrive à quelqu’un qui voit de loin le visage
de son ami, et parle avec lui, et entend sa voix.» Que la voix du
Christ nous apporte aujourd’hui, et jusqu’à la fin des temps, la
paix!
Dans ce saint jour de la Naissance du Christ, je souhaite à tous
de bonnes fêtes, santé, force et courage spirituel dans les
épreuves de cette vie; beaucoup de bénédiction dans la vie de vos
enfants, que vous ne devez pas laisser sans le Christ, sans les
dons qu’Il a apportés dans nos vies, et que nous devons leur
transmettre.
Je vous remercie pour votre solidarité avec ceux qui ont souffert
à cause des inondations, - cette année aussi - en Roumanie,
surtout au sud, à côté du Danube, et qui vont se réjouir de votre
amour!
Bonne année!
† Le métropolite JOSEPH,
Paris, Noël 2006