+ JOSEPH
Archevêque et Métropolite
Lettre pastorale – Pâques 2003
« Celui qui a sauvé les jeunes gens de la fournaise, se
faisant Homme, souffre comme un mortel ; et par sa Passion, Il
revêt le mortel d’une parure d’incorruptibilité »
Révérend Père, chers fidèles,
Dieu nous a aidés à rejoindre encore une fois la nuit de
la résurrection de notre Seigneur Jésus Christ. Le
jeûne nous a fortifiés cette année encore sur la
route qui conduit à la semaine qui précède la nuit
de la résurrection, la Semaine des saintes Souffrances. Le
jeûne témoigne pour nous du fait que, en Christ,
l’être humain ne vit pas seulement de pain, que notre
corruptibilité corporelle devient incorruptibilité. Le
Christ nous confie cette vérité non seulement par le
jeûne de quarante jours qu’Il accomplit lui-même dans le
désert, mais encore par le miracle qu’Il accomplit avant son
entrée à Jérusalem, miracle qui va faire que la
cité de Jérusalem le reconnaîtra et viendra
à sa rencontre comme vers son roi, selon ce que les
prophètes de l’Ancien Testament avaient prévu pour ce
jour.
Ce miracle est la résurrection de Lazare, ami proche du Sauveur
ainsi que ses sœurs, Marthe et Marie. Lazare était mort depuis
quatre jours ; il était entré déjà en
décomposition. Comme Homme, Jésus pleure avec Marthe et
Marie la mort et la corruption où gît son ami Lazare ;
comme Dieu, Il rend la vie à celui qui est en
décomposition. Par ce miracle, Jésus annonce sa propre
résurrection des morts, mais Il nous fortifie également
dans la foi en la résurrection d’entre les morts des corps et
des âmes, même si nous voyons ceux-ci saisis par la
corruption. De la même façon, nous nous relèverons
nous aussi, nous ressusciterons nous aussi, à la voix du Fils de
Dieu ! « Car elle vient l’heure en laquelle tous ceux qui sont
dans le tombeau entendront sa voix ; et ils en sortiront, ceux qui ont
fait le bien, pour une résurrection de vie, et ceux qui ont fait
le mal, pour une résurrection de condamnation »[1]. Et
Elie, et Elisée ont réveillé des morts, mais Celui
qui oeuvrait et qui parlait par eux était Celui qui a
relevé Lazare, en le rappelant à la vie. Et les
résurrections opérées par Elie et par
Elisée, comme celles qu’opéra le Seigneur, comme toutes
les autres résurrections, annonçaient la
résurrection du Christ et, par lui, de tous, de la race humaine.
Puisque nous sommes encore en vie, nous devons comprendre la corruption
malodorante qui monte vers le Christ du tombeau de Lazare comme l’odeur
spirituelle nauséabonde de notre péché, de la mort
de notre âme. De cette mort le Christ peut nous relever, nous
appelant à en sortir par une parole de conversion : Sortez du
péché ! « Convertissez-vous, car le Royaume des
cieux est proche » de vos âmes ! [2]. Cette parole,
adressée à nous avec grande puissance, comme autrefois
à Lazare, fonde également notre espérance en la
résurrection de la fin de tous les siècles. Et la
résurrection de notre âme, retrouvailles, dans le
sacrement de la confession, de la foi par laquelle nous devenons ou
redevenons les amis du Christ, tout comme Lazare, nous conduit à
la résurrection communautaire.
Le Christ vient et opère la résurrection en nous
dès cette vie, nous relevant de la mort de l’âme, appelant
chacun d’entre nous par son nom, comme Il le fait pour Lazare. Il ne
reste pas loin de nous, de notre souffrance et de notre corruption ;
mais Il souffre pour nous et avec nous, Il vit complètement avec
nous jusqu’à la mort, « et la mort de la croix » [3]
; et Il ressuscite également avec nous, avec chacun en
particulier. Qu’est-ce qui fait encore souffrir le Christ pour nous ?
Avant tout, l’absence d’amour, la haine, l’orgueil et la recherche de
notre propre justice, qui font disparaître notre frère
pour pouvoir nous élever nous-mêmes. Pour cela,
connaissant notre faiblesse, le Christ nous a laissé le don du
pardon ; nous le proclamons nous-mêmes en la nuit de la
Résurrection : « Pardonnons tout à cause de la
Résurrection et disons : frères ! même à
ceux qui nous haïssent ».
Pour toutes ces raisons, vivons la nuit de la Résurrection de
cette année en pensant à la résurrection de la
communauté, en mémoire du moment où nous nous
relèverons tous ensemble devant la Face pleine de lumière
et de joie de celui qui a vaincu la mort. Prenons la lumière et
la joie du Christ et partageons-les avec notre entourage :
lumière et joie dont jaillissent entre nous le pardon et la
communion.
Je ne peux pas ne pas penser aux fardeaux que porte chacun d’entre
vous. Même si l’époque où nous vivons semble celle
de la prospérité et de la facilité, dans le
domaine spirituel le fardeau s’alourdit de jour en jour. La souffrance
et la faiblesse de l’âme n’ont pas décrû. Nous
oublions d’être attentifs à Dieu et de sauver notre
âme. Nos capacités spirituelles ont diminué, parce
que la prospérité nous entrave souvent et amoindrit notre
attention et notre audace envers Dieu. Dans cette situation, nous avons
d’autant plus besoin de jeûne et de prière, parce que le
jeûne et la prière fortifient et ouvrent les yeux de
l’âme. Ainsi comprenons-nous que nous ne sommes pas
isolés, que nous pouvons tout supporter plus facilement, que le
Christ est avec nous jusqu’à la fin des temps [4], que la mort
n’est pas la fin, mais le passage, la naissance au commencement de la
vie éternelle. Le Christ Sauveur nous dit : « Celui qui
écoute ma parole et qui croit en celui qui m’a envoyé a
la vie éternelle et il ne viendra pas en jugement, mais il est
passé de la mort à la vie » [5].
Je vous porte dans mes prières, connaissant les fardeaux que
vous portez et les humiliations que vous endurez bien souvent. Mettez
tout ce que vous avez vivre devant la Croix du Christ ! Et n’oubliez
pas qu’Il est vainqueur, avant la mort, par l’amour et le pardon, et
ensuite par la Croix, la Mort et la Résurrection ; n’oublions
pas ce qu’Il nous a dit, en devenant notre frère et notre ami :
« Courage, J’ai vaincu le monde ! » [6], l’entendons-nous
nous crier en cette nuit de la sainte Résurrection, quand Il
nous relève du sommeil de l’incroyance. Aussi pouvons-nous nous
aussi nous écrier en toute allégresse : « Ô
Mort, où est ton aiguillon ? Enfer, où est ta victoire ?
Le Christ est ressuscité et toi-même tu es terrassé
! Le Christ est ressuscité et les démons sont
tombés ! Le Christ est ressuscité et les anges sont dans
la joie ! Le Christ est ressuscité et voici que règne la
vie ! Le Christ est ressuscité et il n’est plus de mort au
tombeau ! Car le Christ est ressuscité des morts,
prémices de ceux qui se sont endormis ! » [7].
Christ est ressuscité!
Celui qui vous souhaite tout bien
et qui intercède pour vous devant le Christ ressuscité,
+JOSEPH
Métropolite Orthodoxe Roumain
d’Europe Occidentale et Méridionale
Paris, Pâques, le 27 avril 2003
[1] Jn. 5, 25, 28-29
[2] Mt. 4, 17
[3] Ph. 2, 8
[4] Mt. 28, 20
[5] Jn. 5, 24
[6] Jn. 16, 31
[7] Saint Jean Chrysostome, Homélie pour le Saint jour de
Pâques (PG 59, 724)