Révérends Pères, chers fidèles,
Le Christ est ressuscité!
Nous voici arrivés encore une fois au jour lumineux de la Résurrection: occasion de grande joie pour tout le peuple orthodoxe de l'univers; occasion d'approfondir le mystère de la mort et de la résurrection du Seigneur; occasion de faire halte dans le tourbillon de la vie de ces régions d'Europe, et de méditer sur la grandeur de cette «Fête des fêtes et Solennité des solennités».
Que signifie pour nous aujourd'hui la célébration de Pâques, que notre Tradition ancestrale nous a transmise de génération en génération, comme un parfum de grand prix à garder dans la sainteté? Ne nous contentons pas de transmettre à nos enfants les traditions extérieures liées à cette Fête des fêtes; mais, par notre vie, apprenons-leur l'essentiel: que nous sommes des hommes de la Résurrection.
Dès le début du Carême, nous pouvons le constater, nous nous préparons tous avec assiduité à célébrer, selon ce qui est habituel, la fête de la résurrection du Seigneur. Nous faisons des efforts et nous sommes prêts à des sacrifices matériels importants, pour qu'il ne reste sur notre table rien des bonnes choses habituelles. Nos coeurs sont disposés à pardonner et à oublier le mal, en l'honneur de la fête, et tous nous sommes prêts à passer la Semaine sainte dans le jeûne et dans la prière. Pendant la période de carême qui vient de s'écouler, chacun d'entre nous a pu chercher à purifier aussi «l'intérieur de la coupe», par la sainte confession, et en recevant de façon consciente la sainte communion. On a pu se libérer, en pensée au moins dans l'immédiat, de l'entrave des biens matériels qui ont peut-être conduit de nombreuses personnes en ces régions étrangères. Tout cela, ainsi que d'autres bons usages ancestraux, prépare notre âme et notre corps à accueillir comme il convient la solennité de ce jour: nous pourrons ainsi, sans souci terrestre, nous réjouir de ce que le Christ est ressuscité!
Pénétrons plus profondément dans la substance de ce que les divins Pères de l'Eglise ont établi comme Tradition ou Transmission (le grec «paradosis» veut dire ce que l'on transmet et qu'on se passe de loin en loin). Rappelons-nous qu'en ce jour nous célébrons la résurrection de celui qui maintenant plus que jamais nous dit: «Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa justice et tout le reste vous sera accordé en plus» (Mt 6, 33). Il ajoute: «Mon Royaume n'est pas de ce monde» (Jn 18, 36). «Mais, courage! J'ai vaincu le monde» (Jn 16, 33).
Nous célébrons la résurrection de celui qui par sa propre incarnation nous montre qu'Il ne méprise pas les choses matérielles et qu'Il vient au contraire pour rendre aux biens de la terre un sens qui passe au-delà du tombeau: «De la mort à la vie et de la terre au ciel le Christ notre Dieu nous conduit...» (Hirmos, ode 1 du canon pascal). Aujourd'hui nous célébrons la résurrection de celui qui vient transfigurer «toute notre vie», en tous ses aspects; et le diacre nous invite dans la litanie à «nous confier les uns les autres et toute notre vie au Christ notre Dieu!». C'est la résurrection de celui qui est venu parmi nous, pour nous conduire chez lui; qui communie à notre condition pour que nous communiions à la sienne; qui est «l'Agneau de Dieu qui emporte le péché du monde» (Jn 1, 29), «pour que le monde ait la vie et l'ait en surabondance...»
«La nuit où Il fut livré, ou plutôt se livra lui-même pour la vie du monde, de ses mains saintes, pures et immaculées, Il prit du pain. Il rendit grâce, le bénit, le sanctifia, le rompit, le donna à ses saints disciples et apôtres et dit: Prenez, mangez, voici mon corps, rompu pour vous, en rémission des péchés.
De même, après le repas, Il prit le calice et dit: Buvez-en tous! Voici mon sang, le sang de la nouvelle alliance, versé pour vous et pour la multitude, en rémission des péchés» (canon eucharistique de la divine liturgie selon saint Jean Chrysostome).
«Faites ceci en mémoire de moi. Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à ce calice, vous annoncez ma mort, vous attestez ma résurrection» (divine liturgie selon saint Basile le Grand).
Ces paroles nous dévoilent la façon dont nous participons pleinement au mystère de la mort et de la résurrection du Christ, comme le chante le canon de la fête: «Hier, avec toi, ô Christ, j'étais enseveli; avec toi qui ressuscite je me réveille aujourd'hui» (ode 3). Aussi saint Jean Chrysostome nous encourage-t-il dans son homélie: «Goûtez tous au banquet de la foi, communiez au trésor de la bonté!» (Homélie pour la solennité de la Résurrection).
Et le Seigneur Lui-même dit: «Ma chair est une vraie nourriture et mon sang une vraie boisson. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure en moi et Je demeure en lui» (Jn 6, 55-56).
Et c'est encore Lui qui nous dit clairement: «Amen, amen, Je vous le dis! Si vous ne mangez la chair du Fils de l'Homme et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous-mêmes» (Jn 6, 53).
C'est pourquoi le canon de la fête nous encourage: «Venez, buvons tous le breuvage nouveau!» (hirmos de la 3ème ode). «Venez, en ce jour illustre de la Résurrection, communions au fruit nouveau de la vigne» (ode 8), pour célébrer avec celui qui a pris sur soi tout ce qui est de l'Homme: le péché et la mort - et nous a, par la Résurrection, ouvert la voie de la communion à ce qu'Il est - la vie éternelle. Ainsi le manger et le boire retrouvent le sens que Dieu leur a donné au commencement et qui vient couronner la célébration du peuple orthodoxe.
Aujourd'hui est l'occasion bénie de donner un commencement nouveau à notre vie: «Purifions nos sentiments, et nous verrons le Christ resplendissant de l'inaccessible clarté de sa Résurrection!» (ode 1). Aujourd'hui, à celui qui doute du pardon de Dieu, saint Jean Chrysostome répond: «Que personne ne se lamente sur ses fautes, car le pardon a jailli du tombeau». Celui qui est en retard, il l'encourage et lui dit que Dieu «reçoit le dernier aussi bien que le premier... Du dernier Il a pitié et Il prend soin du premier...» Celui qui n'a pas d'audace et qui ne croit pas, il lui donne confiance que le Seigneur « agrée les oeuvres et reçoit avec tendresse la bonne volonté. Il honore l'action et loue le bon propos».
Que ce dimanche de la Résurrection devienne le principe de tous les dimanches, la fin du découragement et du désespoir, le fondement du pardon et de l'espoir, et la purification des pensées fratricides!
Que ce jour saint se manifeste comme la fin du règne de la haine et du mal, et le commencement du règne de l'amour, véritable «passage» de l'ancien au nouveau, dans le Christ notre Pâque. Nous aussi, nous aimant les uns les autres comme Il nous a aimés et nous aime (cf. Jn 15, 12), nous serons trouvés dignes d'accomplir son Commandement nouveau (cf. Jn 13, 34), scellé par son précieux sang; et, avec l'ange porteur de lumière, nous dirons d'une seule voix:
«Aujourd'hui, c'est le salut du monde, car Il est ressuscité, le Christ, notre Dieu tout-puissant!» (hirmos de l'ode 4).
Le Christ est ressuscité!
+JOSEPH
archevêque et métropolite
En la solennité de la Résurrection du Seigneur,
Paris, le 5 mai 2002