+ Archevêque Joseph

Lettre pastorale pour la sainte Pâque 2001


Révérend Père
Chers fidèles!

« Que tout homme pieux et ami de Dieu jouisse de cette belle et lumineuse solennité! » (Saint Jean Chrysostome)

Le Christ est ressuscité!

Il n'est pas de plus grande joie pour le peuple chrétien que celle dont nous nous réjouissons en la Sainte Pâque. Que cette joie vous accompagne maintenant encore en ce début de siècle et de millénaire!

Cette année nous célébrons, chrétiens orthodoxes, catholiques-romains et protestants, la fête des saintes Pâques au même moment. N'omettons pas, nous les chrétiens orthodoxes, de partager avec eux aussi la joie de la Résurrection et, là où c'est possible, de porter témoignage ensemble de notre commune foi en la Résurrection. Aujourd'hui le monde entier a besoin de ce témoignage de notre foi.

Nous célébrons avec joie la fête de la Résurrection, mais n'oublions pas qu'elle passe par les souffrances de la Passion: c'est pour cette raison que nous appelons ces souffrances les saintes Souffrances donatrices de vie. Comment une souffrance, une douleur, causée par le mal et par l'injustice, peut-elle être donatrice de vie? Au cours de la semaine qui a précédé la Résurrection, l'iniquité de l'homme livré à sa propre raison, sans Dieu, commet la plus grande des iniquités: celle par laquelle l'homme condamne son Créateur, l'Innocent venu pour le sauver. Et les saintes Souffrances de la Passion sont des souffrances vivifiantes, parce que le Christ a subi cette injustice sans protester, sans demander justice à l'homme pour lequel Il est venu, par amour et par compassion. Les souffrances, c'est-à-dire l'humiliation et la douleur de la Croix puis de la mort, le Christ ne les vit ni de façon abstraite, ni pour ses propres péchés. Il les vit pour moi pécheur, pour toi, pour chacun d'entre nous, êtres humains de ce temps et de tous les temps; pour le plus petit et pour le plus grand d'entre nous - et cela jusqu'à la fin des temps. Et la mort qui a « mordu son corps » n'a trouvé en lui aucun péché, aucune corruption issue du péché: c'est pourquoi elle n'a pu le retenir. Il mourait pour nous et pour nos péchés: c'est pourquoi la mort n'a eu aucun pouvoir sur lui. « Où est, ô Mort, ton aiguillon? Où est, ô Enfer, ta victoire? Le Christ est ressuscité et tu as été anéanti... Le Christ est ressuscité et la vie est victorieuse ».

Osons donc lever les yeux vers le Christ qui a cloué sur la Croix nos faiblesses et qui en ressuscitant nous a donné, avec la foi, le pouvoir en cette vie de lutter contre le péché, de le vaincre et de gagner la vie éternelle. Telle est notre foi: ne négligeons pas de la transmettre aux enfants par notre manière de vivre, en fils de la Résurrection.

Ayons soin de ce que la partie intérieure de notre âme soit belle et lumineuse; ne nous soucions pas seulement de ce qui est extérieur. Prenons soin de ce grand don que le Christ nous offre - la capacité de nous changer en premier nous-mêmes, la capacité de purifier d'abord «l'intérieur de la coupe » (cf. Mat 23, 25-26) ; et ensuite soucions-nous également de ce qui est au dehors.

Là où est l'iniquité, luttons avec l'arme de la patience et du pardon que le Christ nous a donnée par la Croix. N'oublions pas que « nous qui sommes forts dans la foi, nous sommes tenus d'aider les faibles à porter leurs faiblesses. Nous n'avons pas à vivre pour ce qui nous plaît. Que chacun de nous plaise à son prochain pour son bien, pour le faire progresser dans la foi. Car le Christ n'a pas vécu pour ce qui lui plaisait. Au contraire, comme le déclare l'Ecriture (Ps 69, 10): Les insultes que l'on te destinait sont retombées sur moi » (Ro 15, 1-3).

Quand nous sommes blessés par l'incroyance de notre entourage, levons les yeux vers le Ciel d'où viennent toute aide et toute bénédiction. Quand la tristesse et l'isolement nous écrasent, quand tous nous ont abandonnés, confions notre vie entre les mains du Père céleste comme le Christ le fit sur la Croix, et nous pourrons nous aussi entrevoir la Résurrection dès cette vie. Ne vous désespérez pas à cause des péchés car « le pardon s'est levé du tombeau » : dans le Christ ressuscité, et en lui seul, nous pouvons trouver consolation et pardon, lumière et beauté du cour blessé par le péché.

Révérend Père, je prie le Dieu de Bonté de vous donner puissance et amour dans la propagation de l'Evangile de notre Seigneur Jésus-Christ; qu'Il vous garde avec votre famille dans la paix et dans l'accroissement de tout bien; et qu'Il vous récompense en cette vie et dans la vie qui vient pour« le zèle de sa maison ».

Chers fidèles, je vous souhaite, et je prie le Christ ressuscité de vous accorder de progresser en toute chose; qu'Il vous garde dans une vie pure; qu'Il vous donne le pouvoir de vaincre le mal à chaque pas; qu'Il fortifie l'amour dans votre famille, souvent menacée par les distances qui vous séparent. Vous les enfants, qu'Il vous fasse grandir et qu'Il vous illumine. Qu'Il vous garde et vous instruise de sa sagesse, jeunes gens et jeunes filles, vous pour qui je prie afin que vous ne tombiez pas dans la tentation des illusions de ce monde: si vous y êtes tombés, qu'Il vous donne le pouvoir de revenir vers le bien. Que le Dieu de Bonté nous accorde à tous - vieillards, jeunes, enfants - la grâce de l'unité dans l'Eglise sainte de son Fils et « que nous entrions tous dans la joie de notre Seigneur Jésus-Christ, les ouvriers de la première heure comme ceux de la seconde et comme ceux qui viennent ensuite».

+ Archevêque Joseph

Paris, la Sainte Paque, le 15 mai 2001