+ Archevêque Joseph
Lettre pastorale pour la sainte
Pâque
Révérends Pères, chers fidèles,
Le Christ est ressuscité!
Cette parole demeure pour la chrétienté, jusqu'à la fin des
siècles, le témoignage de la vérité fondamentale qui guide notre
vie: elle est l'annonce de la mise à mort de la mort et la
promesse de la vie éternelle par la mort et la résurrection du
Christ. Elle reste la lumière qui nous fait sortir de l'ombre de
l'existence, du désespoir de l'existence, de l'impuissance dans
laquelle nous nous débattons. Le Christ est ressuscité - voici
notre Pâque, la Solennité des solennités, la Joie des joies,
l'Espoir des désespérés, la Lumière des affligés, le Pardon des
sans-pardon, la Liberté des exploités.
Jusqu'en la nuit de sa Résurrection, le Christ a dû passer par la
trahison et les souffrances de la Passion. Les souffrances du
Christ sont celles que, par amour pour nous, Il a dû endurer pour
nos péchés. Sa Passion a été annoncée par les prophètes de
l'Ancien Testament. Isaïe le prophète voit au delà des siècles
l'image du Messie: Il a perdu toute sa beauté en souffrant pour
l'homme qu'Il a créé et dont, par l'Incarnation, Il est devenu le
frère. Comme chacun de nous, le Christ a vécu le mépris, la
souffrance, la haine, l'injustice, l'anonymat, la solitude. Il
s'est mis lui-même de notre côté, par les souffrances de sa
Passion, «homme de douleur et de souffrance (...) méprisé et
passant inaperçu ». Car «Il a pris sur soi nos souffrances et Il
a supporté nos douleurs (...). Il a été transpercé pour nos
péchés et brisé à cause de nos iniquités. Il a été condamné pour
nos péchés et par lui nous tous avons été guéris ». Dieu nous a
fait à son image pour que nous lui devenions ressemblants. Avant
de nous appeler à la ressemblance avec lui, le Christ Lui-même
s'est fait, et jusqu'à la mort, ressemblant à nous, à la
ressemblance de notre souffrance et de notre condition, pour
pouvoir nous appeler à la ressemblance avec lui par le moyen de
notre condition elle-même, qu'Il a assumée. Il nous appelle à la
ressemblance avec lui à partir de l'intérieur de notre condition
humaine. Tel est le signe concret de l'amour divin pour l'homme.
Tel est l'amour de Dieu Père qui envoie son Fils, et l'amour du
Fils de Dieu qui vient pour communier à notre vie par amour pour
nous, pour nous libérer de la mort, acceptant pour cela la mort
elle-même, notre ultime ennemi. «Il a été tourmenté, mais Il
s'est humilié et Il n'a pas ouvert la bouche comme un agneau Il a
été conduit à l'abattoir, et comme une brebis muette devant ceux
qui la tondent, ainsi Il n'a pas ouvert la bouche. Dans son
humilité sa justice a été manifestée (...) car sa vie a été
retranchée de la terre. Pour les iniquités de mon peuple Il a été
conduit à la mort ». C'est pour cela que saint Jean Baptiste,
envoyé pour redresser les voies du Seigneur parmi les hommes,
s'est exclamé en voyant le Christ: « Voici l'Agneau de Dieu qui
enlève le péché du monde! » (Jn 1,29).
Je ne peux donc voir seulement le péché et la culpabilité de mon
prochain: je dois voir également son tourment, le tourment de mon
frère, causé par son péché. Le Christ a vu la souffrance et le
tourment qu'occasionne en nous notre péché personnel, ainsi que
l'asservissement ou la dépendance à son égard et Il est venu
faire preuve de compassion pour nous et mourir pour nous. Non
seulement Il me pardonne, mais Il meurt avec moi ; Il me suit
jusque dans la mort et de là Il me relève pour la vie en sa
Résurrection. Car la mort n'a plus d'empire sur lui. Le Christ
n'a pas connu le péché en péchant mais en compatissant avec moi
qui suis dépendant du péché. Il «enlève le péché du monde », Il
pardonne, et jusqu'à la fin des siècles Il demande ce pardon au
Père pour nous tous et pour ceux qui viendront après nous.
Le Christ nous donne la vraie mesure de la vie.
Comment ne pas avoir le courage de la compassion pour le prochain
quand le Seigneur nous donne ce pouvoir en faisant, Lui le
premier, preuve de compassion à notre égard!
Comment ne pas avoir le courage du pardon, quand nous avons de
notre côté le Christ, Celui qui pardonne et qui se lève du
tombeau comme pardon du Père céleste!
Comment ne pas avoir le courage d'être libres du péché, quand du
tombeau, le Seigneur une fois ressuscité, se lève pour nous la
lumière de la vérité au-dessus du mystère de la vie! En vérité,
nous pouvons être des hommes de la Résurrection sur lesquels le
règne de la mort n'a plus de pouvoir, parce que le Christ a placé
la création et l'être humain à l'ombre de la Croix pour témoigner
éternellement que l'amour ne s'impose pas par la force, qu'il est
vulnérable, qu'il souffre, mais que, au-delà de cette ombre, est
la Résurrection!
Au Nom du Seigneur je vous bénis tous, vous demandant de rester
forts dans la foi malgré toutes les épreuves que vous traversez.
Fortifiez vos enfants et vos jeunes gens avec le vêtement solide
de la foi, car le Seigneur vous a donné la grâce de le glorifier
en eux. Accueillez-vous les uns les autres avec amour et joie;
portez les fardeaux les uns des autres, montrant ainsi au monde
la noblesse de l'amour par lequel le Christ nous a bénis. Ne nous
laissons pas vaincre par des sentiments qui noircissent l'âme et
nous rendent esclaves du mal ; mais regardons la beauté discrète
du Christ, laissons-nous conquérir par elle, afin de devenir
libres et ressuscités avec lui.
Le Christ est ressuscité !
+ Archevêque Joseph
Paris, la Sainte Paque, le 1er mai 2000