+ Archevêque Joseph

Lettre pastorale pour la Nativité du Seigneur 2000


L'an de grâce du Seigneur

Chers Pères,
Chers fidèles,

Voici venus les derniers jours du second millénaire et nous cherchons à ce passage temporel un sens particulier. Nous allons jusqu'à transformer les années, les siècles et les millénaires, ainsi que leur passage, en symboles qui auraient une quelconque influence sur la création en général et sur l'homme en particulier. Nous conférons une valeur absolue au temps, fêtant son passage avec autant de faste que d'impuissance. L'irréversibilité du temps fait que l'homme le perçoit comme une fatalité. Nous assimilons la mort à cette fatalité, cette mort à laquelle seul le Christ a pu mettre un terme.

Si nous voulons une solution à cette impuissance, nous la cherchons justement dans notre façon de mesurer le temps, ce temps dans lequel Dieu entre par son Incarnation. Si nous parlons aujourd'hui du troisième millénaire qui commence, nous le faisons en fonction d'un point de repère qui est justement la naissance de Celui qui vient sur la terre pour changer cette fatalité en bénédiction et en temps de grâce. «L'Esprit du Seigneur est sur moi, car il m'a oint, pour que j'annonce la bonne nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé pour guérir les cours meurtris, pour proclamer aux captifs leur libération, pour délivrer les opprimés et annoncer un an de grâce du Seigneur » (Lc 4, 18-19; 1s 60, 1-2).

Le Christ, le Dieu-Homme, nous a permis de penser et de vivre un autre temps, annonçant la miséricorde de Dieu le Père à ceux qui sont dans le désespoir et l'oppression; son amour pour nous, qui sommes dans la solitude; la guérison de la maladie de la mort liée à notre temporalité, pour nous qui en subissons l'outrage. Il nous annonce par les prophètes un «AN» de grâce du Seigneur, c'est-à-dire le temps où le Fils va s'incarner et dresser sa tente parmi nous. Depuis lors, le temps a une autre dimension, demeurant jusqu'à la fin un « temps béni du Seigneur ». Et ce, parce qu'ici et maintenant, dans cet espace et dans ce temps, nous rencontrons le Christ.

Par l'Incarnation du Seigneur, le temps acquiert une signification pascale et eucharistique. C'est pour cette raison que nous appelons aussi « liturgique » le temps de notre vie avec Celui qui s'est incarné, ce temps béni de Dieu. Ce temps liturgique est un temps sanctifié par le Dieu fait homme. Le Christ naît sur la terre, devient par amour pour nous esclave du siècle Comme n'importe quel homme, esclave des limites humaines liées à la durée, limites de la mort qui, comme le cours du temps d'ailleurs, ne lui sont pas propres. Assumant cette limite temporelle de la mort, le Christ introduit dans le temps, précisément à l'intérieur de cette limite, la Vie, illimitée, de la Sainte Trinité.

Ainsi le temps trouve une mesure qui est favorable à l'homme, il devient une mesure de bénédiction, de grâce, de don de Dieu. Ainsi, c'est en moi qui le vis qu'il se transforme en un An de Grâce du Seigneur. Nous entrons dans ce temps par le Baptême, lorsque nous commençons la vie en Christ. Dans Son Église, nous entrons dans la dimension liturgique d'un temps dès lors transfiguré par la grâce, où le Christ ouvre à notre salut, nous libérant du temps de la mort. Dans l'économie du temps liturgique, le Christ devient notre communion dans Son Corps.

Il est certain que parfois nous connaissons dans notre vie l'aridité. Parfois aussi la puissance et la lumière abondante de la grâce nous révéleront que le Christ, notre Frère, a toujours été avec nous, puisqu'il est toujours dans son Corps, l'Église, au sein de laquelle Il vit et guérit nos infirmités.

Nous nous préparons donc à entrer dans le troisième millénaire depuis la Nativité du Christ. Lequel d'entre nous peut dire ce que demain nous réserve. Qui sait jusqu'où va nous mener ce millénaire qui, pour moi, pour toi, pour nous chrétiens aujourd'hui, commence avec la célébration de la venue sur la terre du Fils. Nous ignorons ce que nous allons vivre, mais nous pouvons voir derrière nous ce que nous avons vécu! Dans quelle mesure ce temps destiné à être liturgique - et par là même vécu avec Dieu afin de pouvoir dépasser notre impuissance face à notre marche vers la mort - a été vécu comme tel? Dans quelle mesure avons-nous pu arracher à la mort ce temps passé afin de gagner avec le Christ la vie éternelle? Le temps liturgique est un «présent continu » dans le Christ, afin que, dans sa présence, nous vivions le passé comme le futur dans ce Présent propre à l'Incarnation et à la Résurrection du Seigneur.

Deux mille années plus tard, la dimension liturgique du temps nous permet de célébrer la Nativité du Christ au présent, comme l'Incarnation du Seigneur ici et maintenant au milieu de nous. Mais avant tout comme mystère de la naissance de Dieu en nous: en moi, en toi, en notre prochain qui Le cherche et attend de Lui d'être sauvé. Le Fils de Dieu vient dans le monde pour chacun d'entre nous, pour que tous ceux qui «croient en Lui ne périssent pas, mais aient la vie éternelle» (Jn 3,16). Par la foi, le temps de la souffrance et de la mort est aboli, car le Christ Lui-même naît et prend forme en nous.

Je vous souhaite à tous une Joyeuse Fête, un début de siècle et de millénaire dans la joie du Seigneur.

+ Archevêque Joseph

Paris, le 25 décembre 2000