Discours préparés par Son Excellence l'évêque Nathanaël

Evêque (actuellement Archevêque) du Diocèse orthodoxe roumain d'Amérique, Eglise Orthodoxe d’Amérique - Orthodox Church in America

A la Liturgie

Chaque fois que je participe à l'installation d'un évêque, il me vient à l'esprit la prophétie d'Ezéchiel au chapitre 33: Dieu a placé une sentinelle par décision royale, pour qu'elle veille, qu'elle ne dorme pas, qu'elle soit prête à donner l'alarme, en cas de danger. «Les gens de ce pays prennent parmi eux un homme et l'établissent comme guetteur (v.2). Cet homme voit venir l'épée contre ce pays; il sonne du cor et il avertit le peuple. Quelqu'un entend bien le son du cor, mais ne tient pas compte de l'avertissement: quand l'épée viendra et l'emportera, son sang sera sur sa tête... En revanche, celui qui aura tenu compte de l'avertissement sauvera sa vie. Mais si le guetteur voit venir l'épée, et ne sonne pas du cor, les gens ne sont pas avertis; quand l'épée viendra et emportera l’un d'eux, c'est par la faute du guetteur que cet homme sera emporté, et je demanderai compte de son sang au guetteur », dit le Seigneur (Ez 33, 3-6).

Monseigneur et chers fidèles,
Nous les évêques, nous sommes les gardiens de la maison d'Israël, les sentinelles du Roi, les trompettes de l'Église. Il nous sera demandé compte de l'âme des hommes. Car écoutez ce que dit le Seigneur: «Fils d'homme, je t'ai placé comme guetteur pour la maison d'Israël», c'est-à-dire l'Église: «Écoute la parole de ma bouche et préviens-les ». L'évêque se tient au milieu, entre Dieu et le peuple, il prend et il donne, il reçoit et il distribue non seulement la parole du Seigneur qui est dans la sainte Écriture et dans la Tradition, mais encore le Corps et le Sang mêmes du Seigneur. Car l'évêque n'est pas seulement prédicateur et enseignant, mais encore célébrant des Mystères divins. Avant de communier, l'évêque dit: «Que de ta Main toute-puissante nous soient donnés ton Corps très pur et ton Sang précieux, et par nous à tout ton peuple ».

Ensuite, Dieu dit dans la prophétie d'Ezéchiel: «Quand je dirai au pécheur: «Pécheur, tu mourras », mais que toi, tu ne parles pas pour avertir le pécheur de quitter sa conduite, lui, le pécheur, mourra de son péché, mais c'est à toi que je demanderai compte de son sang. En revanche, si tu avertis le pécheur pour qu'il se détourne de sa conduite, et qu'il ne veut pas s'en détourner, il mourra de son péché, et toi, tu sauveras ta vie ». (v.8-9)

L'évêque doit être porteur de la parole de l'Eglise dans les problèmes contemporains. Comme un sonneur de trompette et une sentinelle qui veille, il doit donner le signal d'alarme à l'encontre des courants destructeurs de l'âme des philosophies contemporaines. Le chrétien veut savoir la position de l'Église dans les problèmes de la croissance démographique, de la planification familiale, de l'avortement, de l'euthanasie et surtout des expériences destructrices de la génétique contemporaine, qui tendent par exemple au clonage de personnes humaines, devant servir seulement à des transplantations d'organes - simples réserves de pièces de rechange. C’est une tendance à éliminer Dieu de la création de l'homme et de tous les domaines de la vie humaine. Le péché a disparu, la responsabilité devant Dieu a disparu, tout est permis... Il est du devoir du prêtre de prévenir les hommes de ces courants destructeurs de l'âme. Autrement, nous-mêmes, et non seulement les hommes, perdrons le salut.

Monseigneur,
C'est un grand courage d'avoir accepté de devenir évêque en ce temps. Vous avez fait cela par obéissance et Dieu vous aidera. Fortifiez-vous dans la grâce qu'Il vous a donnée par l'imposition des mains. Saint Paul dit à l'évêque Timothée d'Ephèse: «Que personne ne méprise ton jeune âge. Au contraire, montre-toi un modèle pour les croyants, par la parole, la conduite, la charité, la foi, la pureté... Consacre-toi à la lecture, à l'exhortation, à l'enseignement. Ne néglige pas le don spirituel qui est en toi... Agissant ainsi, tu te sauveras, toi et ceux qui t'écoutent» (1 Tm 4, 12-16). Tels sont les conseils du saint Apôtre Paul à Timothée, le jeune évêque d'Ephèse: nous ne sommes pas dignes d'y ajouter. Et en ce qui concerne les relations de l'évêque et des fidèles, le même Apôtre des nations dit à Timothée: «Ne rudoie pas le vieillard; au contraire, exhorte-le comme un père, les jeunes gens comme des frères, les femmes âgées comme des mères, les jeunes comme des sœurs en toute pureté. Honore les veuves...» (1 Tm 5, 1-3).

Pour ce qui est du sécularisme dans lequel nous vivons et des courants politiques, ne désespérez pas. Considérez les saints hiérarques du passé de l'Église. Tous ont été méprisés, car les hommes veulent un Dieu à la mesure de leur intelligence et une Église qui ne soit pas au-dessus des partis politiques. Nous, au contraire, nous croyons dans le Dieu vivant, qui est le Sauveur de tous les hommes.

Donnez-leur ces conseils et enseignez-les. Et souvenez-vous de nous dans vos prières!

Pendant les agapes

Messeigneurs et frères dans le Christ, Révérends pères, chers frères roumains,

Les orateurs orthodoxes en Amérique ont une habitude. Ils s'adressent à l'auditoire, quel que soit le caractère de la réunion, avec la salutation des prêtres à l'autel: «Le Christ est parmi nous! » et l'auditoire répond d'une seule voix: « Il l'est et le sera! » Pour mes interlocuteurs d'aujourd'hui, je voudrais commencer mon intervention par les mots de saint Jean Chrysostome: «Le Christ est parmi nous! »

Monseigneur, il va de soi que le véritable pasteur rassemble les brebis et ne les disperse pas. Notre rôle, à nous les hiérarques orthodoxes roumains de l'étranger, est de développer la mission et la vie paroissiale au sein desquelles les Roumains de la Dispersion puissent participer aux mystères de l'Église, aux rites du pays dans lequel ils sont nés.

Les fidèles de nos églises d'Amérique n'utilisent pas le terme de dispersion, ni celui d'exilés ni même celui d'émigrés. Ils sont Roumains-Américains, Orthodoxes-Américains et n'ont pas la moindre intention de retourner dans le pays dont leurs parents ou leurs grands-parents sont partis. Pour cette raison, la majorité des Roumains d'Amérique aujourd'hui fait partie de l'Orthodoxie américaine. Mais l'Orthodoxie de tous les émigrés d'Amérique a également ouvert largement la porte à ceux qui veulent se tourner vers la véritable Église du Christ. L'Orthodoxie en Amérique est ainsi en expansion.

Nos pères sont venus en Amérique en pensant y trouver une vie meilleure ; mais Dieu avait pour eux un autre dessein. Je suis sûr qu'en Europe il en est de même dans une grande mesure. Car maintenant, même si en Roumanie la situation économique changeait, combien d'entre vous voudraient retourner chez vous? Les Roumains ont épousé des gens du lieu, car l'amour ne tient pas compte de la nationalité.

L'Orthodoxie doit pourtant être gardée. L'assimilation est un processus naturel. Elle ne doit pas être forcée, mais on ne peut l'empêcher. Les enfants sentent que leur patrie est le pays dans lequel ils sont nés. Afin de garder l'Orthodoxie pour les générations à venir, il est absolument nécessaire que nous célébrions et que nous enseignions dans la langue qu'ils comprennent. Autrement, c'est en vain que nous construisons des églises. Les fidèles iront là où on leur parle de façon intelligible. Nous les perdrons et nous n'en attirerons pas d'autres. Une limite a déjà été posée à l'émigration roumaine. Pour continuer, il nous faut faire des convertis et garder les générations suivantes dans l'Église. Autrement nous construisons inutilement.

Pour la première fois, s'est ouverte pour le Patriarcat roumain la possibilité de se consacrer à une mission orthodoxe à l'étranger. Il ne faut pas manquer cette occasion. Si nous envoyons des prêtres seulement pour les Roumains et seulement pour garder une tradition ethnique roumaine, ces prêtres ne sont plus des missionnaires, mais des attachés culturels. Même si, en tant qu'individus, les prêtres appartiennent aux nations dont ils proviennent, en tant que prêtres, ils sont les ambassadeurs de Dieu. Il ne faut pas mélanger les domaines. Le prêtre ne peut devenir entraîneur de danses populaires roumaines et il n'a pas reçu de Dieu la mission de changer les régimes politiques. Laissez les hommes politiques faire leur devoir : ils font bien ce qu'ils ont à faire. Notre devoir à nous les pasteurs est d'appeler à la confession des péchés, à la communion eucharistique et à la vie spirituelle, sans tenir compte des idées politiques pour lesquelles luttent les hommes. Dieu est le Dieu de tous.

Je vous dis cela, Monseigneur, parce que c’est une tentation pour les hiérarques et les prêtres roumains qui arrivent du pays. Les Roumains en exil veulent qu'ils prennent une position politique. Il faut qu'ils soient de tel bord, qu'ils s'inscrivent dans telle tendance: monarchistes ou républicains, conservateurs ou libéraux, pour que leur mission de prêtre soit accomplie. Parce qu'ils sont prêtres orthodoxes roumains, ils ont l’obligation de participer à toutes les manifestations culturelles et politiques des fidèles.

Laissons donc la porte ouverte à d'autres peuples qui veulent également devenir orthodoxes. Les autres peuples n'ont-ils pas besoin de l'Orthodoxie? Pour devenir orthodoxe, faut-il se faire Russe ou Roumain? Le message que nous apportons est que Dieu reçoit dans l'Église les peuples et non les individus; l'Orthodoxie est l'expérience que font de Dieu les nations, non les individus, ainsi que l'a dit le grand penseur grec Christos Yannaras, l'an passé, à l'Université de Bucarest.

Je vous parle comme un orthodoxe américain. Si ce que je vous dis ne convient pas à votre mission en Europe, je vous en demande pardon. J'ai voulu exprimer la foi, l'espérance et la vision qui sont les miennes pour l'avenir de l'Orthodoxie en Occident.

Que Dieu vous bénisse et priez pour nous qui sommes de l'autre côté de l'Océan !