Merci à vous tous, mes amis, qui avez fait preuve d'une si grande patience pour cette journée très longue et très lourde, ainsi qu'à vos Excellences, métropolites, archevêques et évêques qui vous êtes donné tant de peine pour m'ordonner aujourd'hui et m'élever au rang d'évêque.
Il est certain que ce dimanche restera dans ma mémoire comme l'indication du chemin de toute ma vie. Pourtant ce n'est pas l'éclat de nos vêtements ou de nos couronnes royales qui restera dans ma mémoire, mais plutôt la couronne d'épines de notre Seigneur, cette couronne qui s'est transformée, par la présence de la divinité, dans un rayonnement de grâce pour la création et pour le monde entier. Car, si nous ne portons pas tous des couronnes, nous avons tous l’auréole de cette grâce divine qui nous a été donnée par le baptême.
La figure du pasteur se retrouve partout, d'une manière ou d'une autre, dans nos familles, nos villages, nos villes, nos pays et plus clairement dans l'Eglise. Partout nous cherchons de bons modèles pour devenir de vrais pasteurs. Or, aujourd'hui, à côté du premier passage de l’Evangile que nous avons entendu, où quelqu'un de malade a été guéri par la main du Seigneur, il y avait un second passage, celui du Bon Pasteur, que nous connaissons tous, à cause de la fête de saint Grégoire Palamas. Qui est ce pasteur, qui, d'une certaine manière, est le modèle pour chacun de nous, là où nous sommes? Qui est ce Pasteur? C'est Celui qui, en souffrant pour nous, à cause de la mort dont nous avons hérité, est venu sur la terre, et nous a aimés d'un amour jamais vu et jamais compris par nous. Il s'est mis sur la Croix. Et avec le même amour, Il est ressuscité, Il est monté au ciel et Il nous a donné, à chacun de nous, la couronne du baptême. Si on lui cherche des qualités, on trouvera, à côté d'une humilité poussée à l'extrême, la joie de vivre notre condition humaine; à côté de l'amour pour chacun de nous, une souffrance poussée jusqu'à la transpiration de sang, dans l'angoisse de la mort qui habite tous les hommes.
Celui qui devient évêque reçoit ce que nous appelons « l'enkolpion », sur lequel se trouve l'image de la Mère de Dieu portant dans ses bras l'Enfant. Cette icône s'appelle «Panaghia», la Toute-Sainte. On se souvient que Moïse a vu sur la montagne le Buisson ardent et qu'il a entendu la voix de Dieu qui lui disait: «Ôte tes sandales! ». Or la Panaghia symbolise ce Buisson qui brûlait sans se consumer et d'où sortait la voix de Dieu: ce Buisson ardent figure la Mère de Dieu qui a tenu dans ses entrailles la divinité entière. Pourquoi l'évêque reçoit-il cet enkolpion? Je pense qu'une des raisons est que son cœur doit se remplir de la présence du Dieu de la Vierge Marie. Et ce qu'il doit donner au monde, c'est ce buisson ardent qui ne se consume pas, qui brûle par sa présence les péchés, qui lie et qui délie, et qui aide le monde entier à se sauver. C'est pour cela que le Seigneur l'a mis dans ce monde.
Tout l'éclat, tout le resplendissement de nos vêtements n'est que l'image, le symbole de la gloire divine que le Seigneur a préparée pour chacun de nous. Et malheur à moi, à moi le premier, et à chacun de nous, si cette lumière se transforme en ténèbres! Hélas, nous n'en sommes guère éloignés, parce qu'à l'humilité du Seigneur nous opposons toujours l'orgueil d'un cœur de pierre qui ne sait pas pardonner et qui détruit au lieu de construire; au lieu de l'amour, nous jetons sur les autres les flèches de la haine et du refus de comprendre. Ainsi les fruits de la grâce qui est présente dans nos cœurs se transforment- ils en contre-témoignages.
Je vous remercie tous d'être aujourd'hui dans cette cathédrale avec moi. Je remercie vos Eminences et vos Excellences les métropolites et évêques. Je remercie Leurs Majestés, le roi Michel et la reine Anne, Messieurs les ambassadeurs et, non les derniers, tous mes amis qui font partie des Eglises catholique et protestante, en particulier Monseigneur Daucourt auquel me lie une très profonde amitié. Je remercie tout spécialement les frères : moines bénédictins qui sont présents. Et je remercie tous ceux que je connais et ne connais pas, tous ceux qui font partie de paroisses ou de monastères orthodoxes et catholiques, tous les présents, avec qui nous avons rendu aujourd'hui un témoignage à Dieu au-delà de nos confessions et au-delà de nos incertitudes.
Je vois ici un ami dont j'ai fait récemment la connaissance, qui est originaire de Corée et me témoignait de son lien avec le père Virgil Gheorghiu. Je le remercie d'avoir répondu à mon invitation. Je remercie tous les Roumains qui ont fait le voyage jusqu'à Paris, en particulier ceux de mon village natal du Maramures qui ont passé deux jours en autocar et que vous voyez parmi vous en costume régional. Je remercie tout d'abord mon père et ma mère, mes parents, mes proches, mes amis et les jeunes de notre paroisse. Je vous remercie tous pour l'effort que vous avez fait en venant ici et je prie Dieu de vous donner la santé et la joie.
Je remercie encore tous les prêtres de notre Archevêché qui ont accepté avec confiance de travailler avec moi et tous les fidèles qui se sont placés avec la même confiance sous ma garde pastorale.
Nous avons aussi parmi nous un grand nombre de moniales du monastère de Bussy-en-Othe qui a été le rempart et le port de ma vie. Je suis devenu moine il y a quatre ans et quelques mois, et ma vie monastique, je l'ai vécue ici, en France, à Bussy. Là, j'ai découvert une Orthodoxie vécue d'une façon particulière. Chaque monastère a sa façon de vivre la Foi. Celle de Bussy est l'image d'une anti-Babel ou d'une Pentecôte: c'est un endroit où les langues du monde se rencontrent et expriment ensemble la Foi unique dans notre Seigneur Jésus- Christ. Je remercie Mère Olga et toutes ses sœurs.
Je remercie aussi le père Boris Bobrinskoy et tous mes professeurs de l'Institut Saint- Serge, pour lesquels je n'ai guère été un bon étudiant. Je ne savais pas trop quoi choisir : m'enfermer dans la bibliothèque ou me laisser prendre par les besoins pastoraux? Je remercie aussi tous les étudiants de Saint-Serge, lieu qui restera mon second port. Je regrette l'absence de mes professeurs de Roumanie, particulièrement de notre Faculté de Sibiu, mais j'espère que ceux qui vont rentrer les remercieront de notre part.
Je remercie enfin tous mes amis roumains de France. Depuis que je suis ici, nous avons vécu ensemble, prié ensemble et commencé à mieux nous connaître. Je ne sais pas si j'ai pu les aider en quoi que ce soit, mais il est sûr qu'eux m'ont beaucoup apporté.
Je prie le Seigneur qu'Il leur donne son Salut. Merci à tous!